Official Journal of the Faculty of Medicine and Biomedical Sciences

Aspects Cliniques, Etiologiques et Scanographiques des Infirmités Motrices Cérébrales chez l'enfant à Yaounde

Georges Bediang
Radiology / Pediatrics, University of Yaounde 1
July, 2008
 

Abstract

(b)Contexte / Objectifs(b)
L’infirmité motrice cérébrale (IMC) est un ensemble de troubles moteurs non évolutifs qui constituent la séquelle des lésions cérébrales datant de la période anténatale, périnatale ou des premiers mois de vie. Ce terme a connu une évolution, c’est ainsi qu’on parle d’IMOC pour catégoriser la patients atteints de troubles moteurs avec retard mental, de polyhandicap quant à un déficit moteur grave s’associe un retard mental sévère ou de « cérébral palsy », terme utilisé par les anglosaxons qui fait référence à un trouble moteur associé à un retard mental dus à des lésions ou à des malformations du cerveau survenant durant sa période de développement.
C’est une pathologie qui n’est pas rare. Sa prévalence mondiale varie en fonction des définitions : 1,12/1000 pour les IMC, 2 à 2,5/1000 pour les IMOC, 1,5 à 2,5/1000 pour la « cerebral palsy » et 1/1000 pour le polyhandicap. Très peu d’études ont été menées en Afrique sur les infirmités motrices cérébrales dont celle de Motchie et al au Cameroun en 1992.
La prématurité est le facteur étiologique le plus souvent retrouvé.
L’IMC a bénéficié durant ces dernières années de l’imagerie médicale notamment de la tomodensitométrie cérébrale qui permet d’affiner la cartographie des lésions cérébrales. Cependant, l’MC reste encore une pathologie mal connue dans notre milieu.
Nous nous sommes proposé de déterminer l’apport de la tomodensitométrie cérébrale dans l’investigation des infirmités motrices cérébrales au cameroun. Nos objectifs spécifiques étaient : de déterminer les circonstances de découverte des IMC, de déterminer les facteurs étiologiques des IMC, de déterminer les différentes formes cliniques rencontrées dans les IMC et donner leurs fréquences, de déterminer les lésions scanographiques associées dans les différentes les formes clinique des IMC.
Matériels et Méthodes
Nous avons procédé à une étude prospective et transversale allant du mois d’Août au début du mois de Décembre 2007 soit environ quatre mois et demi. Cette étude a été menée dans les services de pédiatrie et de radiologie de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé et dans le service de Radiologie du Centre hospitalier et universitaire de Yaoundé.
Etaient inclus dans l’étude, tout enfant présentant un trouble moteur et/ou psychomoteur et dont les parents avaient consenti de participer à l’étude et tout enfant ayant fait un scaner cérébral.
Les données ont été saisies et analysées grâce aux logiciels Word, Excel, Microsoft office 2003 et SPSS Version 11.0.
Résultats
Au total 40 patients ont été recrutés. L’IMC représentait 5,7% des consultations de neuropédiatrie à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé. L’âge moyen des patients était de 3,16 ans compris entre 4mois et 13 ans. 60% des patients avaient un âge inférieur à 3ans. Le sexe ratio Femme/Homme était de 1,1. L’Ouest et le Centre étaient respectivement les provinces d’origine les plus représentées avec 37,5% et 30% de l’effectif. 37,5% des patients étaient nés dans un Hôpital de référence. 70% des mères de patients avaient moins de 30 ans et 40% étaient primipares dont 93,75% avaient un âge compris entre 20 et 29 ans. Les principaux facteurs de risque maternels au cours de la grossesse étaient : la fièvre maternelle (25% des cas), l’alcoolisme sur grossesse (15% des cas) et grossesse multiple (12,5% des cas).
Les principaux facteurs de risque maternels pendant l’accouchement étaient : la réanimation à la naissance (62,5% des cas), la rupture prolongée des membranes (17,5% des cas), le liquide amniotique méconial (12,5% des cas), la fièvre maternelle (12,5%/des cas) et l’accouchement par forceps (7,5% des cas). La prématurité était retrouvée dans 17,5% des cas et le petit poids de naissance dans 20% des cas. Les étiologies étaient multifactorielles et associées dans 41% des cas. Elles représentaient 53,7%, 24,1% 22,2% respectivement pour les étiologies périnatales, postnatales et anténatales.
La prématurité était la principale étiologie anténatale retrouvée (58,3% des cas). L’asphyxie périnatale était la principale étiologie périnatale (79,3% des cas). L’état de mal convulsif (53,8% des cas) et la méningite postnatale (30,8% des cas) étaient les principales étiologies postnatales retrouvées. Le retard psychomoteur (52,5% des cas) et les convulsions (50% des cas) étaient les principaux motifs de consultation. On retrouvait la tétraplégie spastique dans 40% des cas, l’hémiplégie cérébrale infantile dans 30% des cas, la diplégie spastique dans 17,5% des cas, la choréo-athétose dans 7,5% des cas, l’ataxie cérébelleuse et la forme mixte respectivement dans 2,5% et 2,5% des cas. Les troubles associés étaient retrouvés dans 97,5% des cas parmi lesquels les principaux troubles associés étaient l’épilepsie (84,6% des cas), le retard mental (69,23% des cas) la dyspraxie bucco-faciale (41% des cas), la microcéphalie (38,5% des cas) et les troubles oculaires (20,51% des cas). Le retard mental (100% des cas ) et l’épilepsie (87,5% des cas) étaient les principaux troubles associés à la tétraplégie spastique. L’épilepsie (75% des cas), la dyspraxie bucco-faciale (33,33% des cas) et le retard mental (16,7% des cas) étaient les principaux troubles associés à l’hémiplégie cérébrale infantile. L’épilepsie (71,43% des cas), le retard mental (71,43% des cas), la microcéphalie (71,43% des cas) étaient le sprincipaux troubles associés à la diplégie spastique. L’épilepsie était le principal trouble associé à la chroré-athétose. L’asphyxie périnatale était la principale étiologie retrouvée dans la diplégie spastique et la tétraplégie spastique tandis que l’asphyxie périnatale et l’état de mal convulsif étaient les principales étiologies retrouvées dans l’hémiplégie cérébrale infantile.
Les anomalies scanographiques ont été retrouvées chez 92,5% des patients. L’atrophie cortico-sous-corticale (75,7% des cas), la dilatation des cavités ventriculaires (73% des cas) et les lacunes ischémiques (35,1% des cas) étaient les lésions les plus retrouvées. L’atrophie cortico-sous-corticale et la dilatation des cavités ventriculaires étaient les lésions cérébrales les plus retrouvées dans les différentes formes cliniques exception faite pour le cas d’ataxie cérébelleuse où aucune lésion n’était retrouvée et de la forme mixte où on retrouvait une lésion cérébrale à type de lacune ischémique.
Concernant le concept IMC – IMOC – Polyhandicap, l’IMOC était retrouvée dans 52,5% des cas , l’MC dans 32,5% des cas et le Polyhandicap dans 15% des cas. L’hémiplégie cérébrale infantile était la principale forme clinique de l’IMC (76,90% des cas), la tétraplégie spastique était la forme clinique dominante de l’IMOC (57,1% des cas) et du poly Handicap (66,7% des cas). L’asphyxie périnatale était la principale étiologie retrouvée respectivement dans l’IMC, l’IMOC et le PolyHandicap. Néanmoins dans l’IMC on retrouvait la prématurité, la méningite post natale et l’état de mal convulsif dans 23,1% des cas chacun. L’épilepsie était le trouble associé le plus retrouvé respectivement dans l’IMC, l’IMOC et le Polyhandicap. L’atrophie cortico-sous-corticale et la dilatation des cavités ventriculaires étaient les lésions cérébrales les plus fréquemment retrouvées au scaner respectivement dans l’IMC, l’IMOC et le Polyhandicap.
Conclusion
L’IMC est une pathologie qui existe dans notre milieu mais elle reste encore mal connue par les médecins et personnels médico-sanitaires. La tomodensitométrie cérébrale permet d’établir la cartographie des lésions cérébrales retrouvées dans les IMC. Cependant, il arrive que certaines lésions ne soient pas identifiées par un scaner cérébral. Il est donc nécessaire que des efforts importants soient faits par les structures en charge de la santé (Ministère de la Santé Publique) et de la formation du personnel médical et paramédical (Faculté de médecine et assimilés) afin d’améliorer la qualité de la prise en charge (diagnostic, thérapeutique) et de mener des études plus approfondies (évaluation de la prévalence, aspects IRM des IMC).


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