Le genou flottant: lésions,gravité, complications évolutives

Danielle Larisssa Essomba Ondoa (essodan@yahoo.fr)
Chirurgie et spécialités, Université de Yaoundé 1
June, 2007
 

Abstract

INTRODUCTION :
Le genou flottant est une solution de continuité simultanée et homolatérale du fémur et du tibia. Du fait de son association fréquente à d’autres lésions étendues, de sa difficulté de traitement et de l’exhaustivité des complications engendrées, le genou flottant est considéré comme une lésion complexe, et représente un réel handicap socio-économique. Cependant, la majorité des travaux de recherche sur cette entité porte un grand intérêt aux diverses méthodes et techniques chirurgicales pour la stabilisation des foyers de fracture, mais peu d’entre elles évaluent les lésions concomitantes, ainsi que les complications. Il apparaissait ainsi nécessaire pour nous , de recenser les autres lésions, d’évaluer leur sévérité et d’identifier les complications évolutives rattachées au genou flottant.

OBJECTIF: Ameliorer la prise en charge des patients avec un genou flottant.

MATERIEL ET METHODES:

Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive avec volet transversal sur une période de 13 ans 09 mois (Janvier 2000 à Octobre 2013) au SCOTAM de l’Hôpital Central de Yaoundé. L’échantillonnage s’est effectué de manière consécutive, nous permettant d’obtenir une taille de 50 sujets et 51 genoux flottants. Etait inclus tout patient de 16 ans et plus, possédant un dossier médical, acceptant de participer à l’étude.
L’exécution de notre recherche a consisté en premier, à la collecte des données au sein des dossiers médicaux archivés sélectionnés. En second, au rappel des malades pour la recherche des complications tardives et à l’appréciation de leur pronostic fonctionnel selon Karlstrom et Orelud. Notre évaluation s’est réalisée au lieu du cadre de l’étude, ou au sein des domiciles respectifs de chaque patient. Dans quelques cas, elle ne s’est limitée qu’à un simple interrogatoire lors des échanges téléphoniques. Seuls les patients vus en temps réel avaient bénéficié d’une appréciation objective de leur fonctionnalité.
RESULTATS:

Cinquante-un genoux flottants ont été colligés au sein de 50 malades. Il s’agissait d’une population dont l’âge variait entre de 16 à 81 ans, avec un sexe ratio de 1,94. Le secteur informel et plus précisément les travailleurs manuels représentaient le groupe d’individus le plus atteint. Le genou flottant était présent dans 72% des cas à gauche, dans 26% à droite et bilatéral dans 2%. Vingt accidentés s’étaient présentés aux urgences dans un délai post traumatique supérieur ou égal à 24 heures. Un total de 47 genoux flottants avait bénéficié d’un traitement soit 45 en intra hospitalier et 02 en extra hospitalier par massages et scarifications, tandis que les 04 restants ont été perdus de vus à la suite de leur sortie contre avis médical. Lors du bilan clinique initial, 90% de ces malades étaient polytraumatisés. Des lésions concomitantes au genou flottant ont été retrouvées au sein de 34 malades .75% des genoux flottants possédaient au moins un des foyers de fracture ouvert et 1,96% soit 01 cas présentait une atteinte artérielle poplitée post rixe par arme à feu .L’atteinte articulaire selon Fraser était présente dans 44,45% des cas .En intra hospitalier, la fixation des fractures était chirurgicale pour 42 genoux flottants, chirurgicale pour le fémur et conservatrice pour le tibia pour 02 patients, et conservatrice des deux foyers par plâtre pelvi pédieux dans 01 cas. Elle s’était réalisée en un temps après un délai moyen de 04 jours, et en deux en temps avec intervalle moyen de 10 jours. La durée moyenne d’hospitalisation était de 44 jours.
Après un recul variant entre 21 et 60 mois, 21 malades avec genou flottant unilatéral ont été réévalués. Les modalités de traitement étaient : le traitement exclusivement chirurgical dans 14 cas, le traitement chirurgical et traditionnel dans 03 cas, le traitement chirurgical du fémur et conservateur du tibia dans 01 cas, le traitement conservateur et traditionnel dans 01 cas et le traitement purement traditionnel dans 02 cas. Les complications tardives ; à type de cals vicieux avec ou sans raccourcissement, d’ostéite chronique, et raideurs de la cheville et/ou du genou, ont représenté un pourcentage de 85,71% suite à la chirurgie des deux foyers et de 100% suite aux autres modalités thérapeutiques. Seule la fixation chirurgicale des deux foyers a été pourvoyeuse dans 50% des résultats bon et moyen selon Karlsrom et Orelud.

CONCLUSION:

L’environnement africain est propice aux cas de genou flottant. La coexistence du genou flottant à d’autres lésions est grande. Ce qui ouvre une nouvelle dimension dans les stratégies de prise en charge.
Le genou flottant représente un challenge au sein des sociétés d’orthopédie et de traumatologie africaines du fait de sa grande mortalité, et de la forte influence des croyances et habitudes ayant trait aux traditions ancestrales.


********************************************************************************************