FREQUENCE DE PORPHYROMONAS GINGIVALIS DANS LA CAVITE BUCCALE DES PATIENTS ATTEINTS DE POLYARTHRITE RHUMATOIDE A L'HOPITAL CENTRAL DE YAOUNDE

Christiane Henriette MALONGA ISOA (lindamalonga@yahoo.fr)
médecine interne, Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

Introduction : La polyarthrite rhumatoïde (PR) est le rhumatisme inflammatoire chronique le plus fréquent chez l’adulte. C’est une affection multifactorielle dont le mécanisme physiopathologique est encore mal élucidé. Elle est considérée comme une maladie auto-immune mais de nombreuses études montrent que la PR pourrait avoir une origine infectieuse. Ces études mettent en avant le rôle de Porphyromonas gingivalis, agent étiologique majeur de la parodontite dans le déclenchement du processus physiopathologique observé au cours de la PR. En effet, cette bactérie possède une enzyme, la peptidyl-arginine- déiminase (PPAD) capable de déclencher le mécanisme physiopathologique observé au cours de la PR. Cependant très peu d’études sur la relation entre Porphyromonas gingivalis et la PR ont été réalisées en Afrique Sub-saharienne.

Objectif : Déterminer la fréquence de Porphyromonas gingivalis chez les patients suivis pour polyarthrite rhumatoïde à l’Hôpital Central de Yaoundé.

Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale menée au service de rhumatologie de l’HCY, sur une durée de 6 mois (1er décembre 2015 au 15 mai 2016). Etaient inclus dans l’étude, les patients âgés de 18 ans et plus, diagnostiqués selon les critères de l’ACR 1987 ou de l’ACR/EULAR 2010. Etaient exclus les patients souffrant d’une PR dans le cadre d’une connectivite mixte ; les patients édentés totaux ; ceux ayant subi des traitements pouvant influer sur le parodonte. Nous avons procédé à un échantillonnage non probabiliste et le mode de recrutement était consécutif. La collecte des données s’effectuait à l’aide d’une fiche technique préalablement établie. La culture bactérienne a été utilisée pour l’identification de Porphyromonas gingivalis. L’analyse statistique était faite grâce au logiciel SPSS version 18.0. Les moyennes et les médianes des variables quantitatives étaient comparées respectivement grâce au T-test de Student et au test de Mann Whitney. La comparaison des variables qualitatives était effectuée grâce aux tests de Khi-carré ou au test exact de Fischer. Le niveau de significativité statistique était considéré lorsque la valeur P était inférieure à 0,05.

Résultats : Au total, nous avons recrutés 41 patients dont l’âge moyen était de 51,41±15,29 ans (extrêmes 25 et 74 ans). Ils étaient majoritairement de sexe féminin avec un sex-ratio (h / f) de 1 :5,83. La durée moyenne de la PR était de 8,75± 6,09 ans (extrêmes 2 et 18 ans). L’activité moyenne de la maladie 4,05± 1,44 (extrêmes 2,12 et 8,1). La majorité de nos patients présentaient une PR à la phase d’état (51,2%). Les manifestations extra-articulaires étaient présentes chez 63,4% de nos patients et 61% présentaient des atteintes articulaires. La médiane de la CRP était de 31,2mg/l ; celle du FR était de 167 U/ml ; la valeur moyenne de la VS était de 52,9± 31,08 mm à la première heure ; celle des ACPA était de 246,4± 226,76 UI/ml. Le méthotrexate était le traitement de fond le plus administré (85,4%). Les comorbidités étaient présentes chez 95,1% des patients.
Nous avons retrouvé une prévalence globale des parodontites de 82,9%. La deuxième lésion bucco-dentaire la plus fréquente était représentée par les caries dentaires (46,3%). Le nombre moyen de dents absentes était de 3,87± 1,16. L’indice moyen de plaque était de 1,80 et l’indice moyen de tartre de 1,84. L’indice moyen d’inflammation gingivale était de 1,86. La profondeur moyenne de poche était de 5 mm et la classe II de récession était la plus représentée. 43,8% de la population présentaient des mobilités dentaires. 68,3% de la population d’étude ont présenté un CPI de 2 ;3.
Porphyromonas gingivalis était présente chez 5 patients soit une fréquence de 12,2%. Nous n’avons pas retrouvé d’association significative entre sa fréquence et les paramètres de la PR : DAS 28 (valeur P = 0,60 ; OR= 1,82 et IC à 95% de 1,23 à 4,56), anti-CCP (valeur P = 0,63 ; OR= 2,63 et IC à 95% de 0,8à 14,3), FR (valeur P= 0,67 ; OR= 3,1 et IC à 95% de 0,69 à 9,66). La mobilité dentaire était associée à une PR active (valeur-P= 0,023). La profondeur de poche était associée à la positivité des ACPA (valeur P= 0,04). Cependant il n’y avait aucune association entre les paramètres parodontaux et le FR ni entre les paramètres parodontaux et la CRP. Nous avons retrouvé une association entre l’inflammation gingivale et une VS accélérée (valeur P= 0,036). Les facteurs associés à la parodontite étaient un âge supérieur à 50 ans (valeur-P = 0,013 ; OR=3,11 et IC à 95% de 1,55 à 7,43) et une PR active (valeur P = 0,035 ; OR= 0,82 et IC à 95% de 0,23 à 3,56).

Conclusion : Porphyromonas gingivalis a été retrouvée dans notre population d’étude. Cependant sa fréquence n’est pas associée à l’activité de la maladie. Les parodontopathies sont des complications fréquentes chez les patients atteints de PR et la sévérité de ces pathologies est associée à l’activité de la maladie et à l’âge. Une prise en charge par le détartrage et le surfaçage radiculaire pourrait améliorer l’activité de leur PR.

Mots clés : Polyarthrite rhumatoïde, Porphyromonas gingivalis, parodontite, PPAD.


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