COMPETENCES DE SANTE DE L’ADOLESCENT DREPANOCYTAIRE A YAOUNDE

Marius Diffo Lontsie (diffolontsie@yahoo.fr)
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2016
 

Abstract

Contexte : Le monde compte chaque année 300 000 naissances avec la drépanocytose, dont plus de 200 000 en Afrique. Le Cameroun est particulièrement concerné avec sa prévalence allant jusqu’à 34% d’hétérozygote et 3% d’homozygote. Cependant comme dans les autres pays en développement, le traitement curatif n’est pas de pratique courante. La prévention des complications et la promotion de la santé constituent ainsi un volet important de la prise en charge et permettent non seulement de réduire la mortalité et la morbidité de la maladie, mais également de réduire son fardeau socioéconomique. Par ailleurs l’adolescent est spécialement exposé aux complications pouvant fortement altérer sa croissance, son éducation et sa qualité de vie. Il convient donc sachant que celui-ci en faisant la transition vers l’âge adulte, connait des modifications physiques, psychiques et sexuelles qui peuvent modifier son coping face à la maladie, de s’assurer qu’il reçoive toutes les compétences nécessaires pour correctement faire face à sa maladie et en limiter les conséquences. Une évaluation préalable de ses compétences était dès lors nécessaire pour estimer son besoin en éducation.
Objectif : Evaluer le niveau de compétences des adolescents drépanocytaires de la ville de Yaoundé vis-à-vis de la prévention des complications de leur maladie.
Méthodologie : Une étude CAP (Connaissances Attitudes et Pratiques) à visée analytique a été menée dans deux hôpitaux de prise en charge de la drépanocytose de Yaoundé, le Centre Mère-Enfant de la Fondation Chantal Biya et l’Hôpital Central de Yaoundé. Elle s’est déroulée de Novembre 2015 à Mai 2016. L’échantillonnage a été consécutif sur des adolescents portant un syndrome drépanocytaire majeur. Les données ont été collectées grâce à un questionnaire administré, anonyme et pré-testé de 57 items. L'analyse a été réalisée à l'aide du logiciel SPSS version 21.0. Les associations ont été évaluées avec les test t de Student, l’ANOVA en fonction des cas et une valeur de P < 0,05 était considérée comme significative.
Résultats : La population était de 77 adolescents drépanocytaires avec un sexe ratio H/F de 1,01 et un âge moyen de 13,52 ± 2,6 ans. La majorité (87%) était seul membre de la famille porteur de la maladie. La quasi-totalité (98,7%) avait un profil de sévérité au moins modéré et seulement 20,8% étaient suivis depuis plus de 5ans. L’adulte responsable des soins était surtout la mère (41,5%). Seuls 27,3% étaient membres d’une association de drépanocytaires.
Seulement 46,8% de la population ont pu citer au moins deux signes cliniques pouvant faire évoquer la maladie et 41,6% au moins deux complications. Jusqu’à 45,5% ne connaissait aucun facteur favorisant des complications, et seulement 50,6% ont cité au moins un signe d’alerte à surveiller. La majorité (65%) avait un niveau de connaissances acceptable sur les mesures de prévention, bien que jusqu’à 10,4% n’en connaissaient aucune. Le score global de connaissances de la population sur la drépanocytose, ses complications et leur prévention était en dessous de la moyenne soit 46,9%, et seulement 46,8% des adolescents avaient un niveau de connaissances globales moyen ou bon. Le niveau était significativement amélioré par le délai de prise de conscience de la maladie (r=0,514 ; p=0,000) et lorsque le suivi hospitalier évoluait depuis au moins 5 ans (p=0,043).
La moitié des adolescents estimait que la maladie serait mieux surveillée par eux-mêmes (44,2%) et qu’on ne peut pas efficacement prévenir les complications chez l’adolescent (42,9%). La quasi-totalité (96,1%) était d’accord avec ces recommandations hospitalières de prévention des complications, mais seulement 77,9% pensaient qu’elles soient totalement observables par un adolescent. Les principales difficultés évoquées étaient les loisirs (42,9%) et la discipline personnelle (33,8%). Les motivations de pratiques préventives étaient surtout les parents (58,4%), le personnel soignant (31,2%) et les antécédents morbides liés à la maladie (29,9%). L’attitude globale vis-à-vis des complications et des mesures de prévention avait été juste ou approximative chez 62%, et le score global moyen était de 65,5%. Une corrélation positive forte a été retrouvée avec les connaissances (r=0,728 ; p=0,000).
Le niveau global des pratiques préventives des complications des adolescents était de 55,5 % ; seuls 17% avaient des pratiques adéquates et la majorité (65%) avait des pratiques inadéquates. Ces pratiques inadéquates concernaient aussi bien les mesures ambulatoires de routine, les traitements préventifs ambulatoires et les conduites en cas de signes d’alerte. Les pratiques étaient significativement corrélées aux connaissances (r= 0,306 ; p=0,033) et aux attitudes (r=0,249 ; p=0,029) ; et améliorées avec la durée du suivi (P=0,000). Un faible niveau de pratique a été retrouvé chez des adolescent ayant un profil de sévérité majeur (p=0,028).
Le niveau global des compétences était moyen, avec un score global de 53,5%. Le niveau augmenterait avec le délai de suivi (p=0,000) et prise de conscience de la maladie (r=0,416 ; p=0,000). Aucune différence statistique n’a été retrouvée avec l’appartenance à une association de drépanocytaires (p>0,005).
Conclusion : Cette étude montre que le niveau de compétences des adolescents drépanocytaires vis-à-vis de la prévention des complications n’est pas optimal. En effets, les connaissances étaient globalement insuffisantes, les attitudes assez favorables mais des pratiques essentiellement inadéquates. Une intensification de la promotion de la santé chez les adolescents drépanocytaires est dès lors nécessaire, en les faisant intervenir à toutes les étapes pour améliorer leurs connaissances, et avec ces attitudes favorables avoir de meilleures pratiques préventives.


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