PERCEPTION DE LA MEDECINE FACTUELLE PAR LES MEDECINS DE DEUX HOPITAUX DE LA VILLE DE YAOUNDE

Charlie Romain MBEGA (mbegacharlie@yahoo.fr)
Medecine interne, Université de Yaoundé I
June, 2016
 

Abstract

Introduction
La médecine factuelle (MF) fait référence au procédé consistant à analyser, évaluer et utiliser en permanence les résultats de recherche clinique pour fournir des soins cliniques optimaux aux patients. Il est important que les patients connaissent la médecine factuelle afin de prendre des décisions éclairées sur le traitement et la gestion de leur maladie. Elle permet également aux patients de mieux appréhender le risque, elle encourage l’utilisation de procédures électives et elle vient étayer la prise de décision basée sur les faits pour les médecins et les patients. Il nous a paru intéressant de déterminer la perception des médecins vis-à-vis de cette médecine factuelle.
Objectifs
Notre étude avait pour but d’évaluer le niveau de perception des médecins du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé et de l’Hôpital de District de la cité verte sur la médecine factuelle. De manière spécifique, il s’agissait (i) d’évaluer leur niveau de connaissance sur la médecine factuelle, (ii) d’identifier leurs attitudes vis-à-vis de cette médecine, et (iii) de déterminer les pratiques qui en découlent.
Méthodologie
Une étude descriptive de type CAP a été menée du 15 Janvier au 20 Mars 2016 au CHUY et à l’HDCV. Nous avons inclus dans cette étude tout praticien qui a donné son consentement, tout praticien qui était présent à son poste au moment de la collecte et tous les étudiants de 5e année et plus en stage dans ces deux hôpitaux. Ont été exclus tout questionnaire non achevé tout praticien ayant retiré son consentement tout praticien n’étant pas en bonne santé. Il s’agissait donc d’un recrutement consécutif et exhaustif de tout médecin présent au moment de la collecte. Pour chaque sujet nous avons rassemblé les données sociodémographiques (âge, profession, hôpital, service, école de formation, pays, nombre d’année de pratique médicale.), un questionnaire à trois parties sur les connaissances du sujet, la perception et les pratiques par rapport au sujet. Les données étaient transférées vers le logiciel Epi Info pour interprétation. Les analyses statistiques ont été faites à l’aide du logiciel SPSS version 20.0.
Résultats
L’enquête a portée sur ces deux formations hospitalières de la ville de Yaoundé à savoir, le CHUY et l’HDCV. Pour un échantillon de 143 praticiens, 120 ont participés à cette étude dont 51 (42,5%) des participants interrogées étaient des médecins généralistes des spécialistes et parmi les 69 étudiants interrogés, la grande majorité soit 42 (35%) étaient des étudiants du niveau 6. La structure hospitalière la plus représentée dans notre étude était le CHUY (n=102 ; 85%). Parmi tous les services présent dans les deux structures hospitalières, les services les plus représentés sont : pédiatrie 23 (19,2%) ; chirurgie 10 (15,1%) et stomatologie 17 (10%). 90 participants soit 75% connaissaient ce qu’est la médecine factuelle, et parmi ce chiffre, 87 (96,7%) estimaient qu’elle est effectivement importante. 89 d’entre eux, soit 98,9% ont parfaitement défini la médecine factuelle. Ils étaient 19 (21,1%) à penser que l’EBM pourrait compléter leurs connaissances personnelles, 77(85,6%) pensent qu’elle pourrait les améliorer, 88 participants (97,8%) disaient que la médecine factuelle est nécessaire contre 02 (2,2%) qui ne le disaient pas. 64 (71,1%) pensaient qu’elle devrait être obligatoire contre 26 (28,9%) qui ne le pensent pas. 89 (98,9%) participants pensent que les données de la recherche ont leur place dans leur pratique médicale quotidienne contre 1,1%. 64 (71,1%) participants disent utiliser au quotidien les données récentes de la recherche médicale dans le processus de décision clinique contre 26 (28,9%). 74 soit 82,2% des participants disent que l’inaccessibilité pourrait être le motif principal de non recours à la médecine factuelle, 35 soit 38,9% parlent de la présence d’algorithme décisionnel et 11 (12,2%) ne l’utilise pas par principe.
67 soit 75,3% des participants disent avoir eu recours aux données récentes de la recherche à des fins diagnostiques ou thérapeutiques contre 24,7% et 24 (26,7%) le font pour des cas jugés difficiles tandis que 66 (73,3%) le font pour tout type de cas. 27 participants soit 30% pensent que l’inconvénient du recours à la médecine factuelle pourrait être l’expérience personnelle du praticien et 53 participants soit 58,9% pensent que c’est une question de temps. 73 (81,1%) participants pensent que la médecine factuelle a pour seul avantage la mise à jour des connaissances, 64 soit 71,1% disent qu’elle facilite la prise de décision clinique et 47 (52,2%) disent qu’elle a pour avantage les échanges d’expérience. Seulement 11 participants soit 12,2% disent que le patient est concerné par la médecine factuelle et donc doit être inclut dans le processus de décision clinique.
Conclusion : Cette étude auprès des médecins généralistes, spécialistes et étudiants en médecine a indiqué qu'ils consultent en premier lieu des ouvrages de référence ou des journaux médicaux pour s'informer sur les nouvelles thérapeutiques et pour résoudre les problèmes rencontrés lors de leur pratique quotidienne. Toutefois, des observations faites chez les mêmes médecins ont montré qu'ils s'adressaient le plus souvent à des collègues en cas de problème. Nos résultats suggèrent un besoin urgent d’améliorer la perception que les médecins ont de la médecine factuelle afin de permettre à ceux-ci de maintenir à jour leurs connaissances professionnelles.


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