PERCEPTION DES MEDICAMENTS DE LA RUE DANS LES VILLES DE YAOUNDE ET D’AMBAM

Nave Novy Nguema Ekoro (nguema_nave@yahoo.com)
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2016
 

Abstract

Introduction : Le médicament de la rue (MDR) est définit comme tout médicament vendu en dehors des pharmacies ou dépôts privés, des pharmacies des centres de santé ou des hôpitaux, étalé dans les marchés ou vendu en ambulatoire. Le médicament est une substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines ou animale, ainsi que tout produits pouvant être administré à l’homme ou à l’animal en vue d’établir un diagnostique médical, ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions organiques. Un potentiel poison quand les règles de stockage et de conservation le concernant ne sont pas respectées. C’est le cas des médicaments vendus dans le marché illicite (MI) et communément appelés en Afrique : les médicaments de la rue (MDR). La qualité de ces médicaments est douteuse et de surcroît ils sont vendus par des non professionnels dont certains sont analphabètes. Au Cameroun, des travaux menés en 1982 à Ebolowa au Sud du Cameroun montraient déjà le rôle joué par le secteur informel (SI) dans l’accès aux médicaments. Aussi, la situation du Cameroun pourrait-t-elle se justifier par une faible compétence des populations vis-à-vis des MDR, et donc de la non adhésion socioculturelle aux objectifs et aux méthodes de lutte contre leur usage. Pour utiliser à bon escient ces services de santé publique, les populations doivent posséder de bonnes compétences en matière de médicaments. L’hypothèse s’est alors portée sur les motifs réels d’attrait des populations pour ce recours thérapeutique.

Objectifs : L’objectif principal de l’étude était de décrire la perception des médicaments de la rue par les populations des villes de Yaoundé et d’Ambam à travers leur niveau de connaissances, leurs attitudes et leurs pratiques vis-à-vis des MDR.

Méthodologie : De décembre 2015 à Avril 2016, une étude CAP (connaissances, attitudes et pratiques) à visée analytique a été réalisée dans deux villes du Cameroun : Yaoundé en milieu urbain et Ambam zone semi-rurale à l’aide d’un questionnaire administré de 5 items. L’analyse des données collectées s’est faite à l’aide du logiciel SPSS 20.0.

Résultats : Il a été recruté 1200 sujets d’âge variant entre 15 et ≥50 ans, dont 800 à Yaoundé en milieu urbain et 400 à Ambam zone-semi rural. Plus de la moitié de la population (51,7%) était de sexe féminin et (48,3%) de sexe masculin avec un sex-ratio de 0,93. Plus de la moitié de l’échantillon (51,3%) avait l’âge compris [25-49 [ans. Les sujets sans activités étaient majoritaires (28,7%). Plus de la moitié des participants (57%) avait un niveau d’étude secondaire.
Plus de la moitié de la population (54%) avait de bonnes connaissances sur les MDR, avec un meilleur score au sein de la population de Yaoundé (65%) par rapport à celle d’Ambam (44%).
Bien que le niveau de connaissances de la population totale fût bon, elle avait des attitudes majoritairement erronées (51%), plus perceptible au sein de la population de Yaoundé (58%). Ainsi plus de la moitié de l’échantillon disait que les MDR « soulageaient la population » (63,2%) et (88,8%) disaient que les MDR sont efficaces. La perception de l’accessibilité financière (67,5%) et géographique (69,5%), la disponibilité (46,7%) et des risques associés à l’usage des MDR (45,6%) étaient entres autres les facteurs qui influençaient les attitudes de la population vis-à-vis des MDR. Le genre avait aussi une influence sur les attitudes ainsi, les sujets de sexe féminin (16%) entretenaient moins d’attitudes néfastes par rapport aux sujets de sexe masculin (23%).
Ainsi les populations avaient majoritairement des pratiques néfastes (55%) plus observées au sein de la population de la ville d’Ambam (64%). En effet, la quasi-totalité de l’échantillon (92,7%) avait admit avoir déjà acheté et consommé les MDR. Ces pratiques étaient influencées par le manque d’argent (65,3%), un meilleur accès financier et géographique (68,9%), la qualité de l’accueil des vendeurs de la rue (29,1%), les recommandations d’une tierce personne (20,2%), ainsi que le genre : (64,1%) des sujets de sexe masculin avaient plus de pratiques néfastes contre (59,5%) des sujets de sexe féminin.
Conclusion : La perception des MDR par les populations des villes de Yaoundé et Ambam était majoritairement erronée, leur niveau de compétences globales était aussi en majorité insuffisant. En effet, leur niveau de connaissances était bon, cependant les attitudes erronées entrainaient des pratiques néfastes. Cette situation illustre le besoin éducationnel de la population, tant en zone urbaine qu’en milieu semi-rural qui se doit d’être comblée, afin de corriger leur perception erronée des MDR, cela exige aussi d’améliorer l’accès des populations des villes de Yaoundé et d’Ambam aux sources d’informations fiables et équitables.


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