Santé sexuelle des jeunes et vulnérabilité à l'hypersexualisation médiatique à Yaoundé

Odile Léa ZOBO
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte: L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la santé sexuelle (SS) comme un complet état de bien être dans le domaine de la sexualité, qui requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité, ainsi que des expériences sexuelles sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence. Le contexte actuel est celui d’une grande occurrence de la génitalité dans les médias appelée hypersexualisation médiatique. Elle banalise les films et images X. En l’absence d’une éducation sexuelle rigoureuse par les parents et autres institutions étatiques, elle devient la principale source d’éducation sexuelle des jeunes. Ces jeunes, en pleine constructionidentitaire, sont au vu des scandales à caractère X qui se déroulent dans certains établissements scolaires, en réelle vulnérabilité, face aux archétypes desdits médias. Aussi la question est-elle posée sur l’influence des médias X sur les comportements sexuels des jeunes.
Objectif : L’étude avait pour ambition de mesurer la vulnérabilité des jeunes à l’hypersexualisation médiatique à travers une évaluation de leurs compétences en matière de santé sexuelle.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude CAP (Connaissances Attitudes Pratiques) à visée analytique réalisée à Yaoundé de janvier à mars 2017. Était inclus tout jeune de 12 à 25 ans scolarisé consentant se déclarant en bon état de santé. L’échantillonnage était stratifié et constitué de 400 participants. Le recueil de données s’est fait à l’aide de questionnaires prétestés et anonymes, après obtention des consentements et autorisations. Il concernait : (i) le profil sociodémographique; (ii) les connaissances relatives à la santé sexuelle; (iii) la perception de l’éducation sexuelle reçue et des médias X ; (iv) l’intégration des archétypes médiatiques et les comportements sexuels. Les connaissances étaient évaluées par niveau et les attitudes, pratiques et compétences par qualité selon la matrice des dimensions. La mesure de la vulnérabilité s’est faite travers la cotation des éléments de vulnérabilité. Les données étaient analysées à partir du logiciel SPSS (Statistical Package for the Social Sciences) version 20. Les paramètres utilisés étaient la moyenne, l’écart-type, l’odd ratio et les fréquences; le lien entre les variables a été évalué à l’aide du test de chi-2 avec une valeur p<0,05 considérée comme significative.
Résultats : Au total, 400 personnes ont participé à l’enquête avec un taux de participation de 93%. Le sex-ratio était de 1, la moyenne d’âge était de 18,5 ans et l'âge variait entre 12 et 25 ans. Même si la majorité des informateurs (82%) en avaient déjà entendu parler, aucun participant n’avait de bonnes connaissances en matière de santé sexuelle, seuls 26,5% connaissaient la différence entre santé sexuelle et santé reproductive et 20% le consentement sexuel. De plus, la quasi-totalité soit 99,6% méconnaissait les droits sexuels. Concernant les attitudes, 50,5% jugeaient l’éducation sexuelle reçue insuffisante et 73% n’avaient pas reçu d’éducation sexuelle parentale; la principale source d’information sur la sexualité était donc les médias de masse. Une proportion de 96% rapportait avoir déjà été en présence de médias X en moyenne à 13 ans pour la première exposition. Par ailleurs, un usage fréquent de médias X était significativement associé à une moindre affirmation sexuelle (OR= 2,15), la tolérance à la violence sexuelle (OR= 5,06) et une estime de soi plus fragile (OR=1,49). Concernant les pratiques, 21.8% déclaraient avoir des pratiques inspirées des médias X, et jusqu’à trois quarts ont admis les pratiquer par contrainte. L’accès régulier à des images X était aussi statistiquement associé à la précocité des rapports sexuels (OR=4,53), au multipartenariat (OR=8,12), à des pratiques sexuelles plus libérales: rapports anaux, buco-génitaux et en groupe (OR=2,8) ainsi qu’à une plus grande propension à exercer des abus sexuels (OR= 9,9) conséquemment à la consommation de médias X. La vulnérabilité a été évaluée à travers la cotation des éléments de vulnérabilité retrouvés. Les principaux éléments de vulnérabilité mis en évidence étaient : (i) la grande disponibilité des productions X par internet qui en banalisait l’accès ; (ii) une faible estime de soi nécessaire pour imposer des limites ; (iii) l’absence d’une éducation sexuelle parentale et (iv) l’absence d’une réponse adéquate du système de santé en matière de soins de SS et de leadership des jeunes.
Conclusion : Au terme de cette étude, il apparaît que les jeunes ont de mauvaises connaissances sur la SS mais aussi des attitudes erronées et des pratiques néfastes inspirées des films X. Leurs compétences en matière de SS sont médiocres. Sans éducation sexuelle de qualité, ils ne sont donc pas outillés contre l’hypersexualisation médiatique. Il convient aux éducateurs parents et enseignants, aux Ministères de tutelle de la Santé et au Ministère de la Jeunesse de doter les jeunes d’un esprit critique solide afin que les messages des médias X ne constituent plus leur éducation sexuelle.


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