Santé bucco-dentaire et vulnérabilité carcérale: cas des détenus de la Prison Centrale de Yaoundé

Perside Paulette MBELLA
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte : La santé en milieu carcéral et celle bucco-dentaire en particulier, est devenue un véritable défi de santé publique dans le monde, du fait de la croissance constante de sa population. Plusieurs études ont été menées sur cette question. Pour ce qui est du présent travail, il s’est intéressé à la population carcérale camerounaise caractérisée par des conditions de détentions difficiles qui vont impacter sur la qualité de vie et l’état de santé. L’objectif visé par cette étude a été de décrire la vulnérabilité de la SBD des détenus de la Prison Centrale de Yaoundé (PCY). Pour y parvenir les objectifs spécifiques ont été de décrire : (i) le profil pathologique des détenus ; (ii) leurs pratiques d’hygiène et (iii) la réponse pénitentiaire en matière d’offre de soins bucco-dentaires.
Méthodologie : Une étude transversale à visée analytique a été réalisée durant 9 mois. La phase de recrutement proprement dite s’est étendue du 20 Janvier au 8 Avril 2017. La population d’étude dans le cadre de ce travail, a été constituée de détenus incarcérés depuis au moins six mois dès le début de l’enquête et consentants. Ces derniers ont été repartis en fonction des différentes catégories sociales (Lower, Middle et Upper). L’échantillonnage a été consécutif par grappe raisonnée dans l’optique d’obtenir une proportion assez représentative de la population. Conçues sur la base d’une matrice de dimension, les données ont été collectées à l’aide d’une fiche technique OMS modifiée pour des raisons de commodité et d’un guide d’entretien. Après l’obtention des autorisations administratives et pré-test du questionnaire durant 4 jours, un interrogatoire suivi d’un examen clinique ont été effectués chez chaque participant consentant rapportant ainsi, l’état dentaire, parodontal et autres lésions associées. Les participants ont bénéficié d’un counseling adapté à leurs situations bucco-sanitaires et des soins en cas de nécessité. Les variables collectées étaient sociodémographiques, pathologiques, comportementales ainsi que celles relatives à l’offre de soins. Le masque de données a été programmé dans le logiciel CS Pro version 7 et l’analyse effectuée dans le logiciel SPSS version 18.0. Les tests étaient considérés comme significatifs pour un p < 0 ,05.
Résultats: Cette étude a porté sur 350 détenus (Lower= 188, Middle= 136 et Upper= 26).
La population a été majoritairement jeune et masculine avec un sex-ratio H/F de 11,96 et une moyenne d’âge de 34 ans ± 10,3 (extrêmes: 16 et 66 ans). 69,7% avaient un niveau d’éducation correspondant au secondaire ou au supérieur. Seuls 7,7% disposaient d’une assurance maladie. Le séjour moyen d’incarcération était de 30,87 mois ± 42,5 avec des extrêmes de 6 et 396 mois (33ans). Les prévenus représentaient 58,3% des cas.
Les détenus ont présenté plus de dents défectueuses (60%) et un faible taux de restauration (4%) ; avec une moyenne de 3,67±3,34 dents cariées (C), 1,33±1,86 dents absentes (A) et 0,12±0,55 dents obturées (O). Il a été noté chez les détenus examinés, une forte prévalence des dents C (85,7%) avec un ICAO moyen de 5,12. La situation au niveau parodontal a été tout aussi sérieuse car, on a noté une forte prévalence de l’atteinte parodontale de l’ordre de 83,1% avec une prédominance du tartre (41,4%) et des poches (24,8%). Les lésions dentaires de cause traumatique ont révélé une prévalence de 12,8% tandis qu’au niveau des lésions des muqueuses orales, une prévalence de 12,6% a été observée avec une prédominance d’abcès (7,7%) et de candidoses (5,3%). Certaines pathologies liées au stress ont également été retrouvées notamment chez les détenus bruxomanes (4,9%). De cela a découlé un véritable besoin en soins tant au niveau dentaire (96%) qu’au niveau parodontal (80%). Le besoin le plus exprimé et revendiqué par les détenus a été celui en soins conservateurs (traitement dentinaire et endodontique : 99,4%). Par ailleurs, l’on a constaté que les extractions ont été la seule option thérapeutique envisagée en cas d’échec du traitement médicamenteux, conduisant ainsi à un besoin en soin prothétique de l’ordre de 50,3%. Les pratiques d’hygiène jugées inadéquates pour 77,4% de la population ont conduit 41,4% à envisager un détartrage associé à une motivation d’hygiène. Malgré le fait que la quasi-totalité des enquêtés (92%) ait affirmé que la détention leur ait permis de prendre conscience de l’importance d’une bonne SBD, l’accès et l’offre en soins dont ils peuvent bénéficier restent non optimales. De plus, 80% ont déclaré que le fait de bien prendre en charge leurs problèmes BD constituait un atout considérable à leur future réinsertion sociale.
Conclusion : La vulnérabilité de la SBD présentée par les détenus de la PCY est davantage axée au niveau de l’offre de soins que d’ordre pathologique ou comportementale. En effet, les PBD et les comportements présentés par les détenus de la PCY sont assimilables à ceux de la population générale. De ce fait, il devient primordial, de mettre un accent particulier sur la promotion de l’éducation bucco-sanitaire dans l’optique, de permettre à chaque détenu d’avoir un meilleur contrôle sur sa SBD en dépit de l’insuffisance de ressources humaines, matérielles et financières dont dispose l’Administration Pénitentiaire.

Mots clés : Vulnérabilité carcérale, santé bucco-dentaire, classes sociales.


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