Aptitudes cognitives des médecins vis à vis de la demande de l'imagerie médicale devant le traumatisme crânien

Ingrid Lovana Florence ONGTOKONO
Radiologie et Imagerie Médicale, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte : Il a été constaté que la demande de l’imagerie médicale en particulier du scanner cérébral est abusive en ce qui concerne le traumatisme crânien. Le traumatisme crânien est défini selon l’OMS comme toute lésion physique à la tête pouvant conduire à une altération des fonctions neurologiques et/ou des lésions crâniennes ou intracrâniennes et/ou au décès. Les compétences en matière de santé sont définies par l’OMS comme étant des aptitudes cognitives et sociales qui déterminent la motivation et la capacité des individus à obtenir, comprendre et utiliser des informations d’une façon qui favorise et maintienne une bonne santé. L’évaluation de celles-ci est un élément participatif de santé publique pour la promotion de la santé, dans ce sens qu’il représente un instrument de planification et d’évaluation stratégique pour identifier le besoin éducationnel d’une cible spécifique. Vu ce recours abusif, nous avons voulu mesurer l’ampleur de ce phénomène en évaluant les compétences des médecins des urgences vis-à-vis de cette demande.
Objectif : Evaluer le niveau de compétences des médecins des services des urgences vis-à-vis de la demande de l’imagerie médicale chez un patient victime de traumatisme crânien.
Méthodologie : Il s’agissait d’une enquête transversale à visée analytique de type CAP menée à l’hôpital central de Yaoundé de décembre 2016 à avril 2017. Incluant tous les médecins des services des urgences chirurgicales et leurs différents bulletins de demande d’examen d’imagerie pour traumatisme crânien retrouvés au service de radiologie. La collecte des données a été menée à l’aide de 2 questionnaires. Le premier pour le profil sociodémographique, les connaissances et attitudes rempli par les participants et le second pour les pratiques rempli par l’investigateur à l’aide de leurs bulletins pour évaluation de la conformité des demandes et de la justification des indications. Les variables étudiées étaient : le profil sociodémographique, le niveau de niveau de connaissances évalué sur 33 points, le niveau d’attitudes évalué sur 21 points et les pratiques en fonction du nombre de demandes retrouvés pour chacun. L’échelle d’évaluation des 3 modalités était : <50% mauvais, >50% moyen et >85% L’analyse statistique a recherché l’association entre Connaissances, attitudes, pratiques et le profil sociodémographique. Le traitement des données a été réalisé grâce aux logiciels CSPRO version 6.2, SPSS version 22, les tests de McNemar pour les connaissances et attitudes et Khi2 pour les pratiques. Une valeur p<0,05 était statistiquement significative.
Résultats : La population d’étude était constituée d’une part de 27 sujets : 24 H/3F soit un sex ratio de 8, l’âge variait de 25 à 46 ans avec une moyenne de 30 ans, 89% des participants avaient moins de 34 ans et était en cours de spécialisation, 81,5% avaient plus de 2 ans d’expérience ; et d’autre part de 95 bulletins de demandes d’examens. Pour les connaissances, les notes variaient de 12 à 31 avec une moyenne de 22. 48,1% ,33% et 19% de la population d’étude avaient un niveau de connaissances moyen, insuffisant et bon respectivement. Seulement 29,5% connaissaient l’existence d’un guide de prescription, aucun enquêté ne connaissait le nombre exact de critères de conformité selon la HAS, 59,3% ne connaissaient pas la classification de MASTERS. Pour ce qui est des attitudes, les notes variaient de 9 à 19 avec une moyenne de 15. 40, 7%, 29,6% et 29,6% avaient des attitudes approximatives, erronées et justes respectivement. 22% pensaient qu’il fallait d’emblée demander un examen devant le traumatisme crânien léger et 29,6% pensaient que le scanner cérébral pouvait poser le diagnostic de lésions axonales diffuses. L’analyse des pratiques a été double : il s’agissait de la conformité des demandes d’une part qui a révélé 14,7% de demandes conformes et d’autre part la justification des indications qui a révélé 29,5% de demandes justifiées. 86,3% de l’échantillon avaient de mauvaises pratiques. Une association statistiquement significative a été retrouvé entre les le grade et les pratiques (valeur p= 0,001) et entre le nombre d’années d’expérience et les pratiques (valeur p=v0, 005).

Conclusion : L’étude a permis de constater un usage abusif du scanner cérébral. En effet, Les aptitudes cognitives des médecins vis-à-vis de la demande de l’imagerie médicale du traumatisme crânien étaient mauvaises, il existait un gap important entre pratiques et recommandations, même dans la population jeune. Le besoin éducationnel était donc grand. Aussi l’étude suggère l’informatisation des bulletins de demande d’examens et l’obligation de remplissage des différents items ainsi que le renforcement des programmes de spécialisation en modules de radiologie.


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