Vulnérabilité des populations de Kribi vis-à-vis de l'automédication

Frieda Vanessa MOUKOUMBWE (friedavanessa@gmail.com)
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte : L’automédication est une pratique connue des populations. C’est un concept qui se définit comme étant le recours à un médicament de prescription facultative par un individu de sa propre initiative ou celle d’un proche, dans le but de soigner une affection ou de soulager un symptôme qu’il a lui-même identifié sans avoir recours à un professionnel de Santé. En constante évolution dans le monde, l’automédication n’est pas méconnue en Afrique et plus particulièrement au Cameroun où une prévalence de 87,5% a été retrouvée dans la ville de Yaoundé. Compte tenu de l’évolution de cette pratique, l’OMS promeut une automédication responsable et une consommation rationnelle des médicaments à prescription facultative. Cependant cette pratique ne reste pas sans danger d’autant plus qu’elle ne dépend que des connaissances que possède l’utilisateur pouvant être un profane. Il était donc important dès lors d’évaluer le niveau de compétences d’une population pratiquante de l’automédication.
Objectif : Évaluer le niveau de compétences des populations de la ville de Kribi vis-à-vis de l’automédication.
Méthodologie : Une étude de type CAP à visée analytique a été menée dans trois (3) quartiers de la ville de Kribi de Janvier à Mai 2017. L’échantillonnage a été fait de manière consécutive pour toute personne vivant dans cette ville et âgée de 21 ans minimum. Les données ont été obtenues grâce à un questionnaire administré et anonyme de 38 items puis analysées par SPSS version 20.0. Le test de Khi-2 a été utilisé dans la comparaison des données avec un seuil de significativité à 5%. La vulnérabilité a été évaluée sur trois critères interne (facteurs exposant à l’automédication irresponsable), contextuelle (connaissances du médicament) et externe (actions professionnelle et gouvernementale).
Résultats : 512 sujets ont été recrutés avec un sexe ratio de 1,23. La population était majoritairement représentée par les sujets mariés à 45,7%, avec 38,7% de personnes âgées de 30-49 ans, 57,8% du niveau secondaire et 41,4% ayant au moins 3 enfants. Une proportion de 14,10% des participants n’avait pas entendu parler de l’automédication ; parmi les sujets ayant répondu positivement sur la connaissance de l’automédication, seulement 15,2% possédaient une bonne définition du concept. La majorité (81,2%) connaissait les risques liés à l’automédication et avait cité les accidents/incidents médicamenteux et mauvais traitement. Les sources principales d’information sur la connaissance du médicament et de l’automédication étaient les proches à 28,5% et l’hôpital à 27,3%. Dans l’évaluation du niveau de connaissances globales, 40,2% avaient un niveau de connaissances insuffisant.
La quasi-totalité de la population pensait qu’il était important de respecter la posologie, néanmoins 18,40% des sujets avaient déclaré arrêter le traitement après disparition des symptômes. Le tiers de la population (33,2%) disait transférer le reste d’un ancien traitement à leurs proches au cas où ce dernier présenterait les mêmes symptômes. Presque toute la population (93,4%) était d’avis que l’automédication devrait être déconseillée chez l’enfant et plusieurs pensaient que cette pratique devrait être interdite à la femme enceinte. L’indicateur des attitudes globales a montré que 22,7% de la population avaient des attitudes justes. La majorité (45,7%) avait des attitudes néfastes.
Des sujets interrogés, 458 avaient déjà eu recours à l’automédication. Et de ces personnes 43,2% étaient influencées par un tiers. Les affections douloureuses telles que: maux de tête, mal de dents, douleurs abdominales avaient été évoquées par 95,3% des enquêtés comme symptômes conduisant à l’automédication. Les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) étaient les médicaments le plus souvent employés. Une grande proportion soit 51,6% avait mentionné l’utilisation d’antibiotiques. Pour connaitre la posologie des médicaments achetés, la plupart se réfère à leur vendeur (30,1%), d’autres lisent la notice (25,8%). Une partie de nos participants avait avoué inventer la posologie selon la situation. Près de la moitié des sujets achetait leurs médicaments dans la rue. Les pratiques étaient à 69,5% néfastes.
Un niveau faible de compétences avait été relevé dans 48% de l’ensemble de la population. Le niveau de compétences des hommes était plus élevé que celui des femmes avec une différence significative traduite par une valeur-p=0,000. Les participants âgés de 50 ans et plus présentaient un niveau de compétences faible avec une valeur-p=0,010. Un faible niveau d’instruction était responsable d’un niveau de compétences bas chez les sujets pour une valeur-p=0,000. Les sujets appartenant à l’aire culturelle forêt avaient présenté un bon niveau de compétences par rapport aux autres aires avec une valeur-p significative à 0,001. Le niveau de compétences était faible chez les participants d’obédience musulmane avec une valeur-p=0,000.Le critère de vulnérabilité a été qualifié de sévère influencée par des facteurs exposant à une automédication irresponsable.
Conclusion : De cette étude, il en ressort que la population de la ville de Kribi avait un niveau de compétences faible dans la majorité des cas. En effet, une grande partie possédait un niveau de connaissances faibles, des attitudes et pratiques néfastes. Il a donc été établi un critère de vulnérabilité sévère. La mise en place d’une stratégie d’éducation et d’information par la sensibilisation des populations en organisant des campagnes et débats éducatifs sur l’automédication responsable et l’utilisation rationnelle du médicament s’avère nécessaire.


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