Santé buccodentaire des populations vulnérables: cas des réfugiés du camp de Gado

Apollinaire ABOUBAKAR HAMAN (abouapollo@yahoo.com)
Santé publique, Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

CONTEXTE : Les pathologies buccodentaires sont souvent considérées comme ne présentant pas un caractère de gravité ou d’urgence; et pourtant la santé buccodentaire constitue un véritable enjeu de santé publique, car selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la carie dentaire est considérée comme le 4ème fléau mondial derrière les cancers, les maladies cardiovasculaires et le SIDA. Les personnes vulnérables telles que les réfugiés vivent dans les conditions propices aux pathologies buccodentaires, et n’ont souvent pas accès aux soins, bien que la santé de ces derniers demeure l’une des premières préoccupations des gouvernements et des organismes internationaux. La ville de Garoua-Boulai, dans la Région de l’Est du Cameroun, accueille depuis décembre 2013 un flux migratoire de plus de 12 milles refugiés centrafricains. Dans le contexte des pays d’Afrique et particulièrement au Cameroun, peu d’études ont été réalisées sur la santé buccodentaire de ces derniers d’où l’intérêt de cette étude.
OBJECTIFS : Le travail avait pour but de décrire la vulnérabilité des réfugiés du camp de Gado en matière de santé buccodentaire. Il s’agissait plus spécifiquement de calculer la prévalence des pathologies buccodentaires, d’évaluer leur niveau de compétence en matière de santé buccodentaire, d’évaluer la réponse humanitaire (offres de soins/besoins de soins) en matière de santé buccodentaire.
METHODOLOGIE : Nous avons mené une étude transversale descriptive dans le Camp des réfugiés de Gado. L’étude a duré 9 mois et la collecte des données s’est déroulée du 6 Février au 30 Mars 2017. Nous avions effectué un échantillonnage exhaustif, probabiliste et par grappes. Les réfugiés ont été interrogés afin d’évaluer leurs niveaux de connaissances, leurs attitudes et des pratiques vis-à-vis de la santé buccodentaire. Le niveau de connaissances, les attitudes et les pratiques ont constitué le niveau de compétences en matière de santé buccodentaire. L’examen buccodentaire a été effectué. La collecte des données s’est effectuée à l’aide d’une fiche technique anonyme. L’analyse des données a été réalisée grâce au logiciel Epi-Info version 7.2.
RESULTATS : L’échantillon de l’étude était constitué de 720 individus et le sex-ratio était de 1. L’âge variait entre 6 et 78 ans avec une moyenne de 25,79 ±14,16 ans. La quasi-totalité de la population étudiée était de religion musulmane (99,72 %). Près de la moitié de la population avait moins de 20ans (43,26%). La quasi-totalité de l’échantillon avait un niveau d’instruction faible soit 97,23%. L’indice CAO de l’échantillon était de 4,88±3,94, le minimum était 0 et le maximum était 23. L’indice CAO était plus élevé chez les personnes ayant un niveau d’instruction faible. La prévalence de la carie était de 79,72%. L’étude a retrouvé que la majorité des individus avait le tartre (77,50%) et le tiers de cette population avait le saignement spontané de gencive au sondage (32,78%). En plus des pathologies carieuses et parodontales, il a été retrouvé des cas des blessures traitées (10,83%), des dents absentes pour cause de traumatisme (8,19%), des tumeurs (1,97%) et des cas de fluorose de l’émail (20%). Près de la moitié de l’échantillon avait des compétences faibles (40,21%), plus du tiers de l’échantillon avait des compétences insuffisantes (37,12%), peu avait des compétences moyennes (22,53%) et un seul individu de la population avait des compétences bonnes. La quasi-totalité des individus de la tranche d’âge [6-13[ans avait des compétences faibles (90,8%). Les hommes avaient plus les compétences moyennes (31,9%) par rapport aux femmes (20,6%). La majorité des individus ayant un niveau d’instruction faible avait des compétences faibles (75,29%). L’indice CAO s’améliorait au fur et à mesure que les compétences s’amélioraient également. Près de la moitié des sujets ayant des compétences faibles avaient le saignement au sondage (40,1) et la majorité de ces individus avait le tartre (74,7%). La quasi-totalité de la population avait besoin des soins (91,81%) mais l’offre réelle de soins était dérisoire et insatisfaisante pour répondre à l’ensemble de leurs besoins en soins buccodentaires. De tout ce qui précède, la population étudiée était soumise à une vulnérabilité sévère (7,84/10) en matière de santé buccodentaire. Les variables les plus dominantes étaient les variables contextuelles (2,76/3) et externes (2,88/3).
CONCLUSION : L’état de santé buccodentaire des réfugiés du camp de Gado était déficient avec une prévalence élevée des pathologies buccodentaires. La majorité de cette population d’étude avait des compétences non satisfaisantes. Les besoins en soins étaient importants mais l’offre réelle de soins était dérisoire et insatisfaisante. Ainsi, les réfugiés du camp de Gado étaient soumis à une vulnérabilité sévère en matière de santé buccodentaire. La santé buccodentaire des réfugiés est un problème de santé publique et s’inscrit dans une démarche de prévention globale dans le but de préserver une qualité de vie satisfaisante.
RECOMMANDATIONS : Aussi suggérons-nous, d’introduire les soins buccodentaires parmi les soins médicaux essentiels de base, d’encourager davantage la recherche scientifique sur la santé buccodentaire des populations vulnérables afin d’améliorer leur prise en charge.


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