Vulnérabilité des réfugiés de Minawao vis à vis de l'hépatite virale B.

Lucie NGUIZAYE GAYDAY
Médecine interne, Université de Yaoundé I
July, 2017
 

Abstract

Contexte : La lutte contre les hépatites virales est une priorité majeure de santé publique, avec des prévalences fortes de cette pathologie. Depuis quelques années, le Cameroun accueille des réfugiés nigérians victimes de l’insécurité. La question de santé avec les mouvements des populations et la lutte contre les hépatites vont partie des priorités de l’OMS. Cela amène le pays à faire face aux défis notamment la promotion de la santé et la prévention. Il était donc nécessaire d’évaluer cette situation dans un contexte de lutte active face aux hépatites.
Objectif : L’étude visait à décrire les stratégies d’action d’urgence mises en place pour les populations réfugiées dans le camp de Minawao, en vue de prévenir l’HVB. Plus spécifiquement d’évaluer le niveau de compétences, la couverture vaccinale, la qualité des consultations prénatales, les stratégies de prise en charge des cas cliniques et enfin leur seuil de vulnérabilité.
Méthodologie : Une étude transversale descriptive a été menée dans le camp des réfugiés de Minawao, durant 4 mois de 05 Janvier au 10 Avril 2017. La collecte des données a été menée à l’aide de trois fiches techniques. Le traitement des données a été réalisé grâce aux logiciels CS Pro 6.3, SPSS 17.0 et la présentation des tableaux avec Microsoft Office Excel 2016. L’analyse du contenu s’est faite sur la base de la matrice des dimensions. La notion de vulnérabilité a été évaluée en 3 composantes : vulnérabilité interne qui renvoie à la pathologie, contextuel aux comportements et externe à l’offre des soins.
Résultats : Pour l’étude des compétences, il a été recruté 208 réfugiés avec un sex ratio de 1,85 en faveur des hommes. Cette population avait des connaissances insuffisantes à 39 %, de faibles connaissances à 15%. Près de la moitié (40%) avait des attitudes erronées et 29,4% des attitudes approximatives. Concernant les pratiques, 37,6% des interrogés avaient des pratiques néfastes et 32,9% des pratiques inadéquates vis-à-vis de l’HVB. Au total, plus de la moitié (58,8%) avaient des faibles compétences. Une association significative a été retrouvée entre le niveau d’instruction et les faibles compétences (OR=4,583 et p=0,008). Ceux du niveau inférieur au primaire étaient plus susceptibles d’avoir des compétences faibles tandis que la religion chrétienne était associée aux bonnes compétences (OR=0,203 et p=0,006).

Pour la couverture vaccinale, il a été recruté 200 nourrissons âgés de 0 à 52 semaines. Cette couverture était de 50,5%. Jusqu’à 15% n’ont jamais été vaccinés et aucun nouveau-né de mères positives à l’hépatite virale B n’a reçu de sérovaccination. Les raisons de la non-vaccination étaient le refus à 90% et la non- disponibilité du vaccin ou du matériel à 10%.
Pour la qualité des consultations prénatales, il a été recruté 200 femmes enceintes. La majorité (45,5%) était des grandes multipares. La plupart (86%) avaient déclaré n’avoir pas entendu parler de l’hépatite virale B lors des CPN. Sur 40 femmes enceintes qui avaient bénéficié du dépistage, la fréquence des cas positifs était de 20%.
Pour les stratégies de prise en charge, il a été rencontré les responsables sanitaires. Tous déclaraient qu’ils avaient des interventions en termes de dépistage et ne visant pas de catégories d’individus. Les opportunités du dépistage étaient lors d’une campagne, des CPN, hospitalisation et d’une offre des soins. Il ressortait que quel en soit le résultat du test, un counseling aurait été fait. Les sources de financement étaient assurées majoritairement par les ONG et aussi par l’Etat camerounais.
La vulnérabilité globale de la population était sévère à 7,5. La principale composante était la vulnérabilité externe car le manque d’offre de soins influençait la couverture vaccinale, la qualité des consultations prénatales et les stratégies de prise en charge.
Conclusion : Au terme de cette étude, il apparait que les réfugiés de Minawao avaient un seuil de vulnérabilité sévère vis-à-vis de l’HVB car ils possédaient de faibles compétences; une faible prévention de la transmission verticale et horizontale, le manque de stratégie adéquate de prise en charge en matière de l’HVB. Ces résultats suggèrent la nécessité d’intervenir afin de les protéger dans ce contexte camerounais de lutte intense face aux hépatites.


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