Perception de la prise en charge médicale de l'obésité à Yaoundé

Christelle Adèle Mpoulet (cmpoulet@gmail.com)
Santé publique, Université de Yaoundé 1
June, 2017
 

Abstract

Introduction
L’obésité, autrefois considérée comme simple facteur de risque des maladies chroniques non transmissibles,
représente à ce jour une épidémie mondiale. Les Pays en voie de développement
semblent en être les plus affectés à cause de la période de transition (socio-économique, socioculturelle
et épidémiologique) qu’ils traversent. Au Cameroun, le surpoids (pré-obésité) a été
identifié en 2016 comme principal facteur de risque de diabète de type 2, suivi de la sédentarité
et de l’obésité. De ce fait, la mise en oeuvre d’un plan d’action opérationnel visant à réduire ces
facteurs de risque est nécessaire. L’efficacité d’un tel plan impose une approche
biopsychosociale centrée sur les techniques d’Information-Education-Communication (IEC),
étant donné le caractère sociétal desdits facteurs de risque. Cette étude a été réalisée dans le but
d’identifier le besoin éducationnel des populations de Yaoundé sur l’obésité, et d’élaborer des
stratégies d’action sur ce qui fait obstacle à la réduction des mauvaises pratiques relatives à
l’obésité.
Objectif : Evaluer le niveau de compétences des médecins et de la population générale sur la
prise en charge médicale de l’obésité, en évaluant leurs niveaux respectifs de connaissances, et
en appréciant la qualité de leurs attitudes et de leurs pratiques vis-à-vis de cette pathologie et sa
prise en charge.
Méthodologie : Elle a consisté en la réalisation d’une enquête CAP mixte (Connaissances,
Attitudes et Pratiques) sur une période de trois mois (27 février-23 mai 2017). Etait incluse dans
l’étude, toute personne consentante âgée entre 18 et 69 ans, résidant à Yaoundé, ayant déjà
exprimé un désir de perdre du poids et/ou ayant recouru à une quelconque prise en charge de
l’obésité. Etait exclue, toute personne : analphabète ; ne comprenant ni le français ni l’anglais ;
n’étant pas en parfaite possession de ses facultés mentales ; chez qui l’IMC (Indice de Masse
Corporelle) ne peut être valable ; médecin hors service ou en service hors de Yaoundé. Les
données ont été collectées à l’aide d’une fiche technique administrée propre à chaque
population source, et analysées à l’aide du logiciel SPSS (Statistical Package for the Social
Sciences) version 23.
Résultats
L'étude a porté sur une population de 245 personnes dont 200 de la population générale et 45 médecins équitablement subdivisés en trois groupes : les généralistes, les spécialistes de maladies cardiométaboliques et les autres spécialistes de toute autre spécialité. L'âge moyen était de 38 ± 12 ans ; le sex-ratio était de 1:5 en faveur des femmes. La prévalence
de l’obésité dans l’échantillon de la population générale était de 69% (138 personnes) avec une
prédominance de l’obésité de classe 1 à hauteur de 45,6% (63/138). Six (06) femmes pour un
(01) homme étaient obèses. Les personnes mariées et celles d’un niveau d’instruction supérieur
au Baccalauréat étaient plus sujettes à l’obésité. Les taux les plus élevés de surpoids (35,2%) et
d’obésité morbide (28,8%) étaient retrouvés chez les adultes jeunes respectivement dans les
tranches d’âge de [18-29] et [30-39] ans. Les attitudes de la population générale étaient
globalement justes, mais seuls 35% des personnes avaient des pratiques adéquates, en
conséquence de leurs connaissances insuffisantes. Les médecins ont rapporté recevoir en
moyenne 7,6 % de patients consultant pour problème de poids, contre 46,7 % de patients
obèses consultant pour un motif autre. La majorité des médecins (73%) ne calculait pas
systématiquement l’IMC de leurs patients ; de ceux-ci, 40% n’estimaient pas nécessaire de le
faire, 24% par oubli, et 36% par défaut de temps à cause du grand nombre de patients à recevoir.
Par ailleurs, seulement 13% des médecins incluaient dans le counseling les déterminants autres
que l’alimentation et l’activité physique, 33% fixaient les objectifs pondéraux de leurs patients
selon l’IMC, et 27% ont rapporté tenir à leurs patients des discours effrayants, inquisiteurs, de
jugement, ou de découragement. Par ailleurs, 44% des patients avaient sollicité de la part des
médecins une attitude plus encourageante. En outre, 91% des médecins ne faisaient pas
systématiquement une éducation thérapeutique à leurs patients, tous parce que ne connaissant
pas suffisamment cette notion. Respectivement pour les médecins et la population générale, le
niveau de connaissances était moyen et insuffisant, leurs attitudes justes et leurs pratiques
inadéquates. Leurs niveaux de compétences étaient moyen pour les médecins (51%) et
insuffisant (39%) pour la population générale.
Les relations de proportionnalité entre l’obésité et les variables socio-démographiques
corroborent les données rapportées dans la littérature, notamment concernant le sexe, le niveau
d’instruction et la classe sociale. Les connaissances des populations de Yaoundé (médecins et
population générale) sur l’obésité et sa prise en charge médicale sont assez limitées, soustendant
la perpétuation de mauvaises pratiques, et ce malgré la rectitude de leurs perceptions
du sujet ; ceci leur décrit des compétences peu avantageuses pour l’optimisation de la prise en
charge médicale de l’obésité, et réaffirme l’effectivité d’un besoin éducationnel important.
Conclusion : Le recours à une prise en charge médicale de l’obésité se heurte à l’absence d’un
plan de communication intégré et à la limitation du plateau technique. De ce fait, nous
recommandons la mise en place d’un plan de communication intégré, et le renforcement du
plateau technique, tant sur le plan matériel que sur celui de l’expertise.
Mots clés : Prise en charge obésité ; compétences ; médecins ; population générale.


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