Itinéraires thérapeutiques des patients porteurs d'anémie

Brice Kevin ELANGA ESSAMA (bricekevinmario@gmail.com)
Santé publique, Yaoundé 1
June, 2017
 

Abstract

Contexte: Les itinéraires thérapeutiques représentent l’ensemble des parcours que suivent les malades ainsi que leurs familles et les choix thérapeutiques qui en découlent et l’OMS définit l’anémie comme une diminution du taux de l’hémoglobine fonctionnelle en dessous des valeurs normales. L’anémie affecte 24,8 % de la population mondiale et on estime à 1,62 milliard le nombre de personnes souffrant d’anémie, de plus L’EDS-MICS de 2011 mené au Cameroun par l’INS a démontré que 60 % des enfants de 6-59 mois et 40% de femmes sont anémiés. Les prévalences de l’anémie restent alors élevées (supérieures à 40%) jusqu’en 2004. Ainsi, l’anémie demeure un problème de santé majeur au Cameroun malgré les grands programmes de santé susceptibles de couvrir l’essentiel des problèmes de santé des enfants et des femmes. Au Cameroun l’automédication est la première intention de recours médical en cas de maladie et représente 51,9% des intentions de recours contre 42,1% pour le recours aux soins (biomédecine et médecine traditionnelle).

Objectif : Déterminer les itinéraires thérapeutiques chez les patients présentant une anémie sévère au sein de trois hôpitaux de district de Yaoundé. D’une manière spécifique, il était question de déterminer la proportion des itinéraires thérapeutiques pluriels chez les patients présentant une anémie sévère, de déterminer le profil clinique et biologique des patients présentant une anémie, de retrouver les recours thérapeutiques et leurs motifs et d’évaluer la perception de l’offre de soins par les décideurs de soins.

Méthodologie : il s’agissait d’une étude transversale descriptive menée dans 3 hôpitaux de district de la ville de Yaoundé, sur une durée de 3 mois allant 23 mars au 23 mai 2017. La population d’étude était constituée de patients ayant reçu ou en attente d’une transfusion sanguine. Etait inclus tout patient hospitalisé et chez qui une prescription de transfusion sanguine a été faite après un diagnostic d’anémie sévère, ayant donné son consentement éclairé (parent/tuteur légal pour les mineurs). Etait exclu tout patient anémié pour des causes aigues (hémorragie, hémolyse intravasculaire) ou porteuse d’hémopathies diagnostiqués. La collecte des données était faite au moyen d’un questionnaire auprès du patient puis des décideurs de soins (DS) et dans les dossiers de patients.

Résultats : Nous avons retenu 240 patients porteurs d’anémie sévère dont 53,3% était de sexe féminin contre 46,7% de sexe masculin, soit un sex-ratio de 0,87. L’âge moyen des patients était de 16,42 ± 17,2 ans et de 38 ± 11,3 ans chez les décideurs de soins. La proportion des itinéraires thérapeutiques alternatifs était de 60%.
Le 1er recours thérapeutique (R1) des DS était l’automédication (66,67%) et la tradithérapie (20%) ; ce choix était justifié par la perception « léger » de la maladie (66,67%) et le coût estimé élevé du traitement dans une formation sanitaire (11,67%) des cas.
Le 2e recours thérapeutique (R2) était la biomédecine (71,67%) et la prière (16,67%) ; la perception « modérée à grave » de la maladie à 85% des cas motivait ce recours.
Pour le 3e recours thérapeutique (R3) ; la persistance de la gravité de la maladie constituait le motif du recours à la biomédecine (41,66%).
L’examen clinique et biologique général révélait que tous les cas présentaient une pâleur cutanée et muqueuse, une asthénie (93,3%) et une tachycardie (85%). D’une manière générale, le taux moyen d’hémoglobine retrouvé était de 5,4± 1,4 g/dL affectant le plus les patients âgés de 1-9 ans (51,67%).
65% des DS trouvaient l’accès aux formations sanitaires et 40% trouvait le personnel soignant non disponible. Un peu moins de la moitié (46,7%) des DS achètent ses médicaments dans le secteur informel contre 36,7% en pharmacie et 16,7% dans un Hôpital. 61,7% des DS trouvait chère le traitement dans une formation sanitaire.

Conclusion : Les itinéraires thérapeutiques pluriels sont responsables du mauvais état clinique des patients porteur d’anémie. Plus de la moitié (60%) des patients présentant une anémie sévère ont suivis des itinéraires thérapeutiques alternatifs. Le taux moyen d’Hb à l’entrée des patients en milieu hospitalier était de 5,4 g/dL.


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