Santé buccodentaire des adultes(21 ans et plus) réfugiés du camp de Minawao dans la région de l'Extreme-Nord du Cameroun

MAMAH PAGOU (isabelpagou@yahoo.fr)
Santé publique, Université de Yaoundé 1
June, 2017
 

Abstract

Introduction : La santé buccodentaire fait partie intégrante de la santé générale et est essentielle à la qualité de vie. Les pathologies buccodentaires, essentiellement la carie dentaire et les maladies parodontales, sont souvent considérées comme ne présentant pas un caractère de gravité ou d’urgence. Pourtant, elles constituent un problème de santé publique majeur en raison de leur prévalence et incidence élevées d’une part, et de leur impact sur l’état de santé générale d’autre part. Ces pathologies buccodentaires atteignent principalement les populations défavorisées et socialement marginalisées, notamment les réfugiés. En Afrique, plus particulièrement au Cameroun, du fait de leur nombre croissant, des conditions de vie difficiles, d’une faible accessibilité aux formations sanitaires et d’une faible information, éducation et communication (I.E.C) sur les mesures d’hygiène buccodentaire, les réfugiés constituent un groupe à risque vis-à-vis des pathologies buccodentaires. Peu d’études ont été faites sur la santé buccodentaire des adultes, ou des enfants réfugiés dans notre contexte.

Objectif général : Cette étude visait à décrire l’état buccodentaire des adultes réfugiés du Camp de Minawao à l’Extrême-Nord du Cameroun. De manière spécifique il s’agissait de déterminer la prévalence des pathologies buccodentaires rencontrées, d’évaluer l’organisation de la prise en charge et d’évaluer les pratiques d’hygiène buccodentaire.

Matériels et méthodes: Il s’agissait d’une étude transversale descriptive, qui s’est déroulée sur une durée de 7 mois allant du 1er novembre 2016 au 31 mai 2017 au Camp de réfugiés de Minawao à l’Extrême-Nord du Cameroun. Les réfugiés sans distinction de sexe, âgés de 21 ans et plus étaient inclus dans cette étude. La collecte des données a été réalisée à l’aide d’une fiche technique conçue sur la base des objectifs fixés. Elle a permis également d’obtenir des renseignements sociodémographiques sur la population d’étude. La pathologie carieuse a été estimée à l’aide du taux de prévalence et de l’indice des dents cariées, absentes, obturées pour cause de carie (indice CAO). Les données cliniques relatives à l’état du parodonte ont été évaluées par l’indice de la collectivité en matière de traitement des parodontopathies (indice CPITN). La saisie des données a été faite avec le logiciel informatique CS Pro version 6.1. L’analyse statistique des données a été réalisée par les logiciels Microsoft Excel 2013 et SPSS version 20.0. Les proportions étaient comparées à l’aide du test de Chi-carré. Les valeurs P < 0,05 étaient considérées comme statistiquement significatives.

Résultats : La population d’étude était constituée de 218 réfugiés. Le sex-ratio était de 1,47 à majorité féminine. La moyenne d’âge était de 38,15 ± 15 ans avec des extrêmes de 21 ans et 86 ans. Les pathologies buccodentaires les plus rencontrées étaient les caries dentaires, les maladies parodontales, les abcès dentaires et les cellulites d’origine dentaire. 211 réfugiés sur 218 examinés avaient la carie dentaire pour une prévalence de 96,79%. L’indice moyen des dents cariées, absentes, obturées pour cause de carie (indice CAO moyen) de 6,98 permettait de classer ces réfugiés dans la zone de sévérité très élevée d’après les critères de sévérité de la pathologie carieuse selon l’Organisation Mondiale de la Santé. La prévalence des maladies parodontales était dominée par une prévalence de la gingivite de 74,76% (163/218) et des parodontites de 32,10% (70/218). La prévalence des abcès dentaires était de 15,60% (34/218) et celle des cellulites d’origine dentaire était de 10,55% (23/218). Concernant la prise en charge sanitaire, tous les réfugiés interrogés (100%) affirmaient qu’elle était effective et gratuite. Cependant, plus de la moitié des réfugiés (67,88% soit 148/218) déclaraient avoir reçu les médicaments au centre de santé du Camp de Minawao, prescrits par un médecin généraliste en cas de problèmes buccodentaires. Pourtant, parmi les 32,11% (70/218) qui déclaraient avoir reçu les soins buccodentaires (extractions dentaires) au district de santé de Mokolo, 81,42% (57/70) avaient les cellulites (32,85% soit 34/57)) et les abcès d’origine dentaires (48,57% soit 23/57). Pour les pratiques d’hygiène buccodentaire, la majorité (67,80%) soit 148 des réfugiés avaient des pratiques néfastes.

Conclusion : La quasi-totalité des réfugiés soit 211/218 réfugiés avaient des besoins en traitements dentaire (96,79%) et, 215/218 réfugiés avaient des besoins en traitements parodontaux (98,62%). Ces besoins reflètent le mauvais état buccodentaire des réfugiés. Des études longitudinales sur un échantillon des réfugiés représentatif de la population réfugiée au Cameroun, sont nécessaires afin d’identifier le maximum de facteurs étiologiques et d’autres pathologies buccodentaires non mentionnées dans cette étude.
Recommandation : Intégrer les soins de santé buccodentaires dans les soins de santé primaires des réfugiés.


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