Vulnérabilité des réfugiés du Camp de GADO vis-à-vis de l'hépatite virale B

Rolland ONDOUA ZE (rollandondouaze@gmail.com)
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte : L’hépatite virale B est un problème majeur de santé publique dans le monde. Selon l’OMS, 2 milliards d’individus dans le monde ont été infectés par le VHB et environ 350-400 millions d’entre eux ont une infection chronique. Le Cameroun a une prévalence de 10% et 15.4% pour la RCA (OMS). Ces 2 pays se trouvent en zone de forte endémie. La prévalence et l’incidence de l’HVB varie selon les groupes d’individus ; les réfugiés se retrouvent dans le groupe à haut risque. En raison de l’escalade de violence de 2014 en RCA, le Cameroun a accueillie plus de 144 000 personnes et s’ajoute aux réfugiés présents dans le pays depuis 2004, l’amenant à faire face à un défi de santé publique. Selon les chiffres du District de Santé de Garoua Boulai environ 26 021 se trouvent dans le Camp de GADO couvrant une superficie de 55 hectares et divisé en 7 secteurs. De l’article 23 de la convention relative au statut de réfugiés de Genève 1951, un cadre d’action d’urgence a été mis en place par l’OMS. Il convient donc d’évaluer cette stratégie d’action dans le contexte de lutte active contre l’HVB chez les réfugiés du Camp de GADO.

Objectifs : Evaluer la vulnérabilité des réfugiés vis-à-vis de l’HVB, à travers leur niveau de compétences ; Evaluer le taux de la couverture vaccinale chez les enfants de 0 à 52 semaines et la qualité de CPN et décrire les stratégies de prise en charge clinique vis-à-vis de l’HVB.

Méthodologie : Il s’agit d’une étude transversale descriptive à visée analytique qui s’est déroulée au Camp des réfugiés de GADO pendant 5 mois (Janvier à Avril 2017). L’échantillonnage :
Etude CAP : échantillonnage raisonné pour une taille minimale de 400.
Prévention verticale et horizontale : échantillonnage calculé par la formule de Cochrane pour une taille de 400, repartie en 2 groupes : 200 pour la qualité de CPN chez les femmes enceintes et 200 pour la couverture vaccinale des enfants de 0 à 52 semaines.
Stratégie de prise en charge : échantillonnage consécutif et exhaustif.
Les résultats obtenus ont été saisis et l’analysés à l’aide du logiciel Epi Info version 3.5.4, les graphiques et les diagrammes à base de Microsoft Excel 2010. L’interdépendance entre les variables a été évaluée à l’aide du test de Khi-deux à un seuil d’erreur à 5%.

Résultats : S’agissant de l’étude CAP, 150 participants ont été inclus. Le sex-ratio était de 0,86 ; la moyenne d’âge était de 29ans avec les extrêmes de 13 à 66 ans. Les non scolarisés représentaient 64%. Ceux qui avaient entendu parler de l’HVB représentaient 92% et pensaient qu’il s’agissait de la maladie des yeux (43.5%), ou de la maladie du cœur (30.9%). La source d’information venait de l’entourage (89.9%), tradipraticien (45.5%), l’agent de santé (12.9%) et médias (4.3%). L’agent causal était méconnu (40%) ; la transmission sanguine (43.5%), objets souillés (29%), sexuelle (17.4%), mère-enfant (7.2%). Le lieu de traitement était l’indigène (94.2%) et l’hôpital (47.8%). L’idée de la mort sur l’HVB était perçue à 85.5% et 95.7% pensait qu’il était nécessaire de consulter un guérisseur en cas de maladie. S’agissant des pratiques, 13% avait déclaré avoir fait le test de dépistage de l’HVB et l’avaient réalisé lors d’un don de sang (88.9%), offre de soins (10.1%) et volontaire (1%). Les méthodes préventives pratiquées étaient : la fidélité (73.9%), l’abstinence (30.4%), le préservatif (1.4%). Le meilleur score de compétences a été relevé chez les hommes et chez les scolarisés (100%). Les facteurs associés aux mauvaises compétences à l’HVB étaient : le sexe féminin (OR=3.9 [1.45-10.46IC95%]), ménagère (OR=4.96 [1.67-14,99IC95%]) et la religion musulmane (OR=4.33 [1.42-14.49IC95%]).
S’agissant de la qualité de CPN, un totale de 200 femmes enceintes étaient retenues. La moyenne d’âge était 24 ans avec les extrêmes allant de 14 à 42 ans. Aucune activité de promotion ni de dépistage de l’HVB n’était réalisée pendant les CPN. Par contre ces activités étaient quasi-systématiques pour le cas du VIH.
Concernant la couverture vaccinale 200 enfants ont été incluses. Le sex ratio était de 0.92, la moyenne d’âge de 17.49 semaines avec les extrêmes de 1 à 48 semaines. Le vaccin de l’HVB était administré selon du PEV et respectivement 96.6%, 68.2%, 61.2% représentait la première, la deuxième et la troisième dose du vaccin. La sérovaccination n’était pas disponible.
S’agissant de la Stratégie de prise en charge clinique, 5 responsables sanitaires en charge des réfugiés ont été inclus. L’état a mis à la disposition des réfugiés ses structures sanitaires, les ressources humaines et contribue à hauteur de 30% sur le cout de prise en charge. Le niveau du plateau technique des formations sanitaires ne permet pas la prise en charge de l’HVB.

Conclusion : Malgré la stratégie d’action d’urgence mise en place par l’OMS pour les populations confrontées à une situation d’urgence sanitaire et l’existence des moyens de lutte efficace contre l’HVB, cette affection n’est pas prise en compte chez les réfugiés du Camp de GADO, portant l’offre de soins était gratuite. Il ressort donc qu’il y a un réel besoin en termes d’éducation sanitaire vis-à-vis de l’HVB, en termes de prévention de la transmission mère-enfant de l’HVB et en termes de stratégie de lutte contre les hépatites virales chez les réfugiés.

Mots-clés : Hépatite virale B, Vulnérabilité, Réfugiés


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