La séroprévalence du pian chez les enfants et adolescents de moins de 15 ans dans cinq districts de la région du Centre Cameroun

Aimé Gilbert MBONDA NOULA (aimembonda@yahoo.fr)
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : Le pian encore appelé scientifiquement framboesia tropica est une maladie tropicale négligée[1–3]. C'est une maladie tropicale infectieuse contagieuse due à un tréponème et provoquant des lésions cutanées, du cartilage et des os [1,4,5]. Il peut causer douleur et induration, avec ou sans inflammation, dans les os et les articulations. Les enfants des communautés défavorisées des tropiques sont le plus touchés [6]. L'agent infectieux est une bactérie appelée Treponema pallidum pertenue. Il est transmis par des personnes porteuses de lésions cutanées du pian à des personnes présentant des brèches cutanées par lesquelles les micro-organismes pénètrent et créent une infestation et éventuellement la maladie. Une campagne massive d'éradication menée par l'OMS au cours des années 1950 a ramené le nombre de cas de pian dans le monde de plus de 50 millions à moins de 2 millions. Cependant le relâchement des campagnes de traitement dans les années 1970 a conduit à la résurgence de la maladie. La prévalence mondiale de la maladie est inconnue mais on dénombrait au moins un million de cas en 2012 [7,8]. En 2010 le Programme National de lutte contre la Lèpre, la Leishmaniose le Pian et l’ulcère de Buruli a enregistré 789 cas de pian dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua, du Nord, du Nord-Ouest et de l’Ouest[1,2,5]. La riposte a consisté à lancer des campagnes de traitement de masse dans ces régions. Cependant dans la région du Centre on ne dispose d’aucunes données sur cette maladie pourtant connue sous le nom de « Mebara ».
Objectif : Nous avons entrepris cette étude dans le but de déterminer la séroprévalence du pian dans cinq districts de la région du Centre Cameroun afin d’obtenir des données de base pour mieux adapter les stratégies de lutte dans cette zone.
Méthodologie : L’étude était transversale et descriptive. Les sujets ont été recrutés pendant la période allant du 02 Décembre 2016 au 20 Janvier 2017 dans 5 districts de la région du centre où nous avons sélectionnés dix communautés et 500 ménages à partir desquels 471 enfants âgés de 0 à 15 ans ont été tirés au sort par un jeu de boule. Le diagnostic rapide était effectué chez chaque individu. Le diagnostic du pian était posé après un examen physique sur la base des lésions suspectes comparées au guide pictural du pian selon l’OMS. La collecte des données s’est faite à l’aide d’un questionnaire ODK (Open Data Kit) intégré dans les smartphones Android. Le traitement des données s’est fait à l’aide du logiciel Epi info version7.0.
Résultats : Nous avons parcouru dix communautés dont 7 urbaines et trois rurales dans les cinq districts de santé sélectionnés. Ainsi nous avons inclus 471 enfants âgés de 1 à 15 ans. La moyenne d’âge était de 6,375ans avec des extrêmes de 1 an et de 15 ans. 216 (46%) étaient des garçons et 255 (54%) des filles.
Sur les 471 enfants examinés au plan dermatologique nous avons identifié 67 enfants porteurs d’au minimum une lésion dermatologique active. Ces lésions étaient majoritairement retrouvées chez les enfants de 0 à 5ans (44%) ; Les filles présentaient plus souvent des lésions dermatologiques actives (45/67 soit 67%) comparativement aux garçons (22/97 soit 33%). Quarante-deux (63%) enfants porteurs de lésions dermatologiques actives vivaient en zone rurale.
La prévalence clinique du pian parmi les enfants de moins 15 ans était de 3,2 % (15/471) dans les cinq districts de santé sélectionnés. Le sexe ratio homme/femme était de 1,14. Le groupe de 0 à 5ans était majoritairement concerné (9/15 soit 60%). La communauté d’Abem dans le district de santé d’Akonolinga enregistrait le maximum de cas (4/15 soit 27%). Sur les 15 patients chez lesquels un diagnostic clinique de pian a été posé, (7/15 soit 46%) présentaient des ulcères et (6/15 soit 40%) des papillomes. Les lésions pianiques étaient localisées à la tête, la face, les membres supérieurs et inférieurs, la zone péri-anale dans des proportions de 27% (4/15), 20% (3/15), 33% (5/15) et 13% (2/15) respectivement. On note que 46% (7/15) des patients étaient au stade primaire tandis que 54% (8/15) étaient au stade secondaire.
Les tests sérologiques ont permis d’identifier 25 cas positifs soit une séroprévalence de 5,2%. Parmi eux, 15 (3,2%) présentaient des lésions, 05(1%) ne présentaient pas de lésions et 05 (1%) présentaient une ancienne infection voire une infection traitée, six cas (1,2%) étaient considérés comme faux positifs. Au cours de la prise en charge des cas confirmés 152 cas contacts avaient été traités soit une moyenne de 5 personnes par famille.
Conclusion : Le pian est endémique dans la région du Centre Cameroun particulièrement dans les communautés rurales.
Mots clés : Pian, Cameroun, séroprévalence.


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