Etude des indications de la transfusion sanguine au cours des urgences chirurgicales digestives pédiatriques à Yaoundé

Antoine Njundam (njunantoine@yahoo.fr)
Chirurgie et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

La transfusion sanguine peut se définir comme le transfert de sang ou des constituants du sang d’un individu donneur à un autre receveur. Son rôle chez l’enfant comme chez l’adulte, est de restaurer la masse globulaire nécessaire au transport optimal de l’oxygène. Elle est unique à de nombreux égards et c’est un atout thérapeutique essentiel utilisé quotidiennement malgré les risques transfusionnels qui peuvent en découler.
Et donc, sa pratique dans un climat d’urgence mérite une approche particulière. En effet, transfuser un enfant au cours d’une urgence chirurgicale en général et plus spécifiquement une urgence chirurgicale digestive nécessite un maximum de précautions. Néanmoins, du fait du caractère urgent de la transfusion sanguine dans de telles situations cliniques, il existe un risque que des verrous de sécurité soient volontairement supprimés par les acteurs de la transfusion.
De ce fait, la place de l’indication dans une transfusion sanguine revêt toute son importance. Reposant principalement sur le seuil du taux d’hémoglobine et sur la tolérance clinique du patient à l’anémie.
En France, les indications de la transfusion de Concentré Erythrocytaire se fondent, ainsi que les études qui les alimentent, sur la notion de seuil du taux d’hémoglobine.
Les recommandations émettent toujours des réserves quant à cette approche, un chiffre donné pouvant correspondre à des situations très différentes de demande tissulaire en Oxygène et des capacités différentes pour s’y adapter. Le chiffre seuil d’hémoglobinémie est toutefois incontournable dans la formulation des indications à la transfusion de CGR car il mesure le degré d’anémie.
Cependant, en Afrique en général et au Cameroun en particulier, peu d’études ayant été faites sur le sujet, nous nous sommes donc proposer de mener cette étude.
Objective : Contribuer à l’amélioration de la prise en charge des urgences chirurgicales digestives pédiatriques à travers l’étude des indications de la transfusion sanguine.
Méthodologie : Nous avons réalisé Une étude observationnelle et prospective sur une durée de 04 mois qui s’est déroulée dans les services d’Anesthésie-réanimation et dans les blocs opératoires de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé et de l’Hôpital Central de Yaoundé. Ont été inclus dans l’étude les patients de 0 à 15 ans opérés pour une urgence chirurgicale digestive et transfusés au cours des périodes per et postopératoires et les patients dont les représentants légaux avaient donné leur consentement éclairé. Pour mener cette étude donc, nous avons tout d’abord obtenu une clairance éthique du comité institutionnel d’éthique de la recherche de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de Yaoundé 1 et les autorisations administratives de recherche des autorités des différents lieux d’études. Ensuite nous avons procédé au recrutement de nos patients en 3 phases : préopératoire, peropératoire et postopératoire au cours desquelles on relevait les différentes caractéristiques socio-démographiques, cliniques et paracliniques des patients. En cas de transfusion sanguine on relevait les indications de ladite transfusion, la qualité et la quantité de chaque produit transfusé et les éventuelles complications. Les données obtenues ont été analysées à l’aide du logiciel Epi-info version 3.5.4 et Microsoft Office Excel 2016.
Résultats : Sur un total de 51 patients remplissant les critères d’inclusion, 32 ont été opérés à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé et 19 à l’Hôpital Central de Yaoundé. Les patients transfusés étaient au nombre de 9 à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé et de 11 à l’Hôpital Central de Yaoundé. La moitié des enfants opérés étaient âgés 2 ans avec une prédominance de la population des nourrissons. Un quart des enfants avait un âge médian de 3 mois et les trois autres quart un âge médian de 11 ans. Le sex-ratio était de 1,3. Les interventions chirurgicales rencontrées étaient les hernies (37,2%), les appendicites (21,6%), les invaginations intestinales aiguës (15,7%), les occlusions intestinales (9,8%) les malformations ano-rectales (7,8%), les laparoschisis (2%) et les indications opératoires plus rarement rencontrées telles que la maladie de Hirschprung, la sténose hypertrophique du pylore et un cas de péritonite qui représentaient 5,9% de la population d’étude. La transfusion sanguine était assez fréquente, elle a été réalisée chez 39,2 % de notre échantillon. En ce qui concerne l’indication, un bilan pré-transfusionnel était demandé à tous les patients transfusés. Ainsi, nous accédions aux différents taux d’hémoglobine de ces patients. Avec ce tableau, il apparaît clairement que la plupart des patients présentaient déjà une anémie avant l’intervention chirurgicale. L’examen de groupe sanguin ABO-RH1 a été réalisé chez ¾ des patients, ceci après obtention du seuil de l’hémoglobinémie. Les nourrissons et les petits-enfants qui avaient un taux d’hémoglobine en dessous du seuil de 7 g/dL étaient systématiquement transfusés. La même prise en charge était appliquée pour les plus grands toutefois avec un seuil de 8 g/dL patients. Le concentré globulaire rouge était le produit sanguin labile le plus usité. En effet, il représentait le seul produit sanguin sollicité au cours des transfusions réalisées à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé. Quant à l’Hôpital Central de Yaoundé, c’est le Sang Total qui était transfusé aux patients. Ceci bien que les anesthésistes réanimateurs notifiaient sur l’ordonnance comme produit sanguin désiré le concentré érythrocytaire. S’agissant des accidents transfusionnels, nous n’en n’avons relevé aucun. Ceci pourrait être dû à une bonne qualité des produits sanguins délivrés. Toutefois, il faut noter que nous faisons référence ici aux accidents transfusionnels immédiats.
Conclusion : Durant notre étude, avec un sex-ratio de 1,3 en faveur du sexe masculin, on a retrouvé que la population des nourrissons était la plus exposée aux interventions chirurgicales, principalement en raison des pathologies digestives telles que la hernie, l’appendicite aiguë et l’Invagination Intestinale Aiguë. Le milieu chirurgical étant un destinataire majeur des produits sanguins labiles, on a donc eu naturellement des cas de transfusion sanguine qui par ailleurs, ont été assez fréquente. Des composés sanguins transfusés, le Concentré de Globules Rouges était le plus utilisé. Quant au sang total transfusé aux patients de notre échantillon, il ne devrait être utilisé qu’en situation extrême. En effet, un choix plus calibré de produits sanguins a pour but d’améliorer leur tolérance et de prévenir la survenue de complications immunologiques, infectieuses et de surcharge. Complications auxquelles nous n’avons fait face.
Mots-clés : Indications de la transfusion sanguine, urgence chirurgicale digestive pédiatrique, prévalence de la transfusion sanguine.


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