Evaluation de l'anesthésie péridurale à l'Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé

Kelly Marie Léonie Zeh
Chirurgie et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : l’anesthésie péridurale est une anesthésie locorégionale qui consiste à injecter un médicament (anesthésiques locaux et/ou adjuvants) dans l’espace péridurale afin de créer un bloc (sympathique, moteur, sensitif) pour la réalisation d’une intervention chirurgicale ou alors stopper la nociception pour procurer une analgésie. Malgré ses avantages, sa pratique semble faible surtout en Afrique. Le but de notre étude était d’évaluer la pratique de l’anesthésie péridurale dans un hôpital de référence au Cameroun : l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé.
Méthodologie : il s’agissait d’une étude rétrospective et prospective descriptive d’une durée de 6 mois. La phase rétrospective portait sur une période de 3 ans, allant de Décembre 2013 à Décembre 2016 et la phase prospective sur une durée de 4 mois (Janvier à Avril 2017). L’enquête s’est déroulée en deux étapes : une phase rétrospective pendant laquelle les fiches anesthésiques des patients qui ont bénéficié de l’APD pendant les 3 dernières années à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé, ont été collectées. Une phase prospective durant laquelle les patients ayant bénéficié d’une APD ou susceptibles d’en bénéficier, et qui remplissaient les critères d’inclusion ont été retenus ; le personnel médical voulant participer à l’étude a subi une interview. Les données collectées étaient : le nombre d’indication d’APD posée chez les patients susceptibles d’en bénéficier en consultation pré anesthésique (les chirurgies endoscopiques et locale étaient exclues) et les raisons de non indication, les données socio-démographiques et clinique des patients, l’indication de l’APD, le type d’APD , les médicaments utilisées, les complications survenues, la satisfaction des patients et les freins de la pratique. Les données obtenues ont été analysées à l’aide du logiciel statistique Epi-info dans sa version 3.5.4. Les variables continues ont été exprimées en moyenne avec l’écart-type. Les variables catégorielles ont été exprimées par les fréquences (n) et proportions (%). Les figures ont été faites à l’aide de Microsoft Excel 2013.
Résultats : au terme de l’étude, nous avons colligé 112 patients parmi lesquels 65 durant la phase rétrospective et 47 durant la phase prospective. L’âge des patients allait de 29 jours à 64 ans ; avec une moyenne de 32±18,6 ans. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 1 à 5 ans (17% des cas). Le sex-ratio était de 3,7 en faveur du sexe féminin. La classe ASA 2 était la plus représentée dans 53% des cas. L’indication d’APD posée dans le cadre d’une analgésie post opératoire était la plus fréquente dans 90,1% des cas. L’hystérectomie était l’intervention la plus fréquente dans 54,7% des cas ; l’APD lombaire était la plus réalisée dans 77,7% des cas. Le nombre moyen de ponctions avant la réussite était de 2,1±1 fois; avec pour extrêmes une et 5 fois. La morphine utilisée seule était le protocole le plus fréquent dans 73,2% des cas. L’hypotension et les vomissements étaient les deux complications per opératoires retrouvées. La sortie du cathéter et le cathéter coudé étaient les complications post-opératoires les plus fréquentes. Concernant la satisfaction, sur 33 adultes interrogés dans la phase prospective, 94% ont reçu des informations sur la péridurale. A 24 heures post-opératoires, 75,8% d’entre eux avaient une douleur légère sous analgésie péridurale. Les éléments de satisfaction étaient présents chez 90,9% d’entre eux dus majoritairement au bon vécu psychologique dans 96,7% des cas. 54,5% avaient des éléments de non satisfaction qui étaient principalement : les ponctions répétées (66,7%). Sur 125 patients susceptibles de bénéficier d’une APD vus en consultation pré-anesthésique, la péridurale n’a pas été indiquée chez 41% d’entre eux. La raison de non indication la plus fréquente était le refus du patient dans 45,1% des cas. Sur 74 péridurales indiquées, 36,4% n’ont pas été réalisées. Les raisons de cette non réalisation étaient principalement l’indisponibilité du matériel dans 59,2% des cas et l’inaptitude de l’opérateur dans 26% des cas. Le taux de réalisation de l’APD à l’HGOPY était de 37,6%. Sur 100 femmes interrogées en suite de couche, 51% avaient entendu parler de la péridurale sans connaitre ce que c’était. 70% d’entre elles auraient refusé l’APD si on leur avait proposé. La raison principale de ce refus était la volonté d’un accouchement naturel sans anesthésiant dans 64,2% des cas. Sur 19 personnels (médecins gynécologues et sages-femmes), interrogés, 63,1% ne proposaient pas l’APD aux gestantes. La raison principale était l’indisponibilité des MAR dans 41,7% des cas.
Conclusion : l’anesthésie péridurale à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé se fait majoritairement en chirurgie à but d’analgésie post opératoire. Les freins observés dans cet hôpital pourraient être : le rejet de la technique par les patients lorsque proposé en consultation pré anesthésique, l’indisponibilité du set de péridural souvent responsable du changement de la technique par un autre type d’anesthésie et la douleur considérée comme partie intégrante de l’accouchement par les gestantes.
Mots clés : évaluation-pratique-freins-anesthésie péridurale-Cameroun.


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