Sécurité de l’association artémether + luméfantrine + primaquine chez les sujets porteurs de Plasmodium falciparum

Jérémie Gautier BASSOG (jbassog@yahoo.fr)
Sciences physiologiques/Biochimie, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : Le paludisme est une maladie parasitaire qui sévit fortement dans de nombreuses contrées du globe. Malgré les nombreux efforts déployés, cette maladie demeure un problème de santé publique dans de nombreux pays. En 2015, 212 millions de cas de paludisme et 429 000 décès liés à cette maladie ont été enregistrés ; 90% de ces cas et 92% des décès provenaient de l’Afrique subsaharienne. Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) constituent la première ligne de traitement en Afrique subsaharienne et continuent de faire de nombreuses preuves. Ces médicaments agissent sur les formes sexuelles de Plasmodium, qui sont responsables de la transmission du paludisme ; toutefois, cette activité est réduite aux gamétocytes immatures. La primaquine (PQ) est un antipaludique de la famille des 8-aminoquinolines ; c’est la seule classe de médicament ayant une activité sur les gamétocytes matures de Plasmodium falciparum et qui prévient la transmission du parasite au moustique. Le problème avec l’utilisation de la primaquine (PQ) est son effet hémolytique dose dépendant chez les sujets carencés en G6PD. En 2012, l’OMS a recommandé l’administration d’une dose unique (0,25mg/kg) de PQ en même temps que les CTA chez tous les sujets positifs au Plasmodium falciparum et indépendamment de l’activité G6PD du sujet, afin de réduire la transmission du paludisme. Ainsi, le but de notre étude était d’évaluer la sécurité de cette recommandation au Cameroun.

Matériel et méthodes : De novembre 2016 à mai 2017, et sur des sujets volontaires, nous avons réalisé un essai contrôlé randomisé ouvert, avec deux groupes de participants (AL et AL+PQ). Les volontaires asymptomatiques âgés d’au moins 16 ans, pesant au moins 60kg et consentants ont été dépistés à l’aide du Test de Diagnostic Rapide (CareStart) du paludisme ; la goutte épaisse et le frottis sanguin ont été effectués pour déterminer la parasitémie et différencier les espèces plasmodiales. La concentration en hémoglobine a été mesurée à l’aide d’un hémoglobinomètre URIT-12 ; l’activité G6PD a été déterminée par spectrophotométrie. Les sujets éligibles ont aléatoirement reçu soit AL, soit AL+PQ et ont été suivis pendant 14 jours.

Résultats : 234 volontaires dont 63 étaient positifs au paludisme à Plasmodium falciparum. Parmi ces 63 sujets dépistés positifs, 17 ont été sortis de l’étude pour des raisons diverses (4 pour grossesse ou allaitement, 7 pour refus de poursuivre l’étude, 4 pour coinfection à espèce autre que Plasmodium falciparum, 2 pour déficit sévère en G6PD). Les 46 sujets restants ont été mis sous traitement ; 40 ont respecté la durée du suivi tandis que les 6 autres ont été perdus de vue. 10 (25%) de nos sujets, soit 5 (29,4%) hommes et 5 (21,7%) femmes étaient déficients en G6PD. L’évolution de la concentration en Hb à J3, J7 et J14 par rapport à J0 n’était pas linéaire ; les concentrations en Hb les plus faibles ont été enregistrées entre J3 et J7. 10 de nos sujets (soit 25% de notre échantillon) ont connu une diminution de leur concentration en Hb≥1g/dL ; 4 sujets (soit 10%) ont eu une diminution de la concentration en Hb≥2g/dL ; 2 sujets (soit 5%) ont connu une diminution de la concentration en Hb≥3g/dL (environ 25% de la concentration initiale). Aucune lien statistiquement significatif n’a été établi entre la variation de la concentration en Hb et l’activité G6PD ou le traitement reçu. Toutefois, entre J0 et J7, nous avons enregistré une légère diminution de la concentration moyenne en Hb des sujets ayant reçu AL+PQ. Les effets indésirables enregistrés étaient légers n’étaient pas liés à l’acticité G6PD et n’avaient pas d’impact sur la qualité de vie des sujets.

Conclusion : Les résultats de notre étude corroborent la recommandation de l’OMS selon laquelle, il n’existe pas de risque d’hémolyse associée à l’administration conjointe de CTA et de PQ (dose unique de 0,25mg/kg), indépendamment du l’activité G6PD du patient.

Mots-clés : Paludisme, Plasmodium falciparum, Combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, primaquine, G6PD, hémolyse.


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