Prévalence hospitalière et facteurs associés au syndrome d'apnées centrales du sommeil à l’Hôpital Central de Yaoundé

Steve SONWA VOUFOUO
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : Le syndrome d’apnées centrales du sommeil (SACS) est défini par la présence d’un index apnées-hypopnées centrales supérieur à cinq évènements par heure, avec plus de 50% d’évènements respiratoires d’origine centrale. Sa prévalence varie entre 5 et 10% selon l’International Classification of Sleep Disorders, third edition (ICSD3). Le SACS n’a pas fait l’objet d’étude en Afrique subsaharienne en général et au Cameroun en particulier. Ainsi, nous avons décidé de réaliser ce travail dont le but est de déterminer la prévalence hospitalière du SACS et d’identifier ses facteurs associés à l’HCY.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale descriptive et analytique. Elle s’est déroulée sur une période de 4 mois (du 10 Janvier 2017 au 15 Mai 2017) dans les services de Cardiologie, Endocrinologie et Neurologie de l’HCY. Aux patients répondants aux critères de sélection, un échantillonnage aléatoire a été appliqué pour l’inclusion des patients du groupe à haut risque et ceux du groupe à faible risque d’avoir le SAS selon le questionnaire de Berlin. Chaque jour, deux patients du groupe à haut risque et un patient du groupe à faible risque étaient choisis par tirage au sort pour bénéficier de la polygraphie ventilatoire. Les polygraphies obtenues étaient interprétées par les médecins spécialistes du sommeil à l’aide des logiciels « Sleep fairy » et « Resmon » à la recherche de SACS et d’autres données polygraphiques importantes. Les tests de Khi carré et/ou de la probabilité exacte de Fisher ont été utilisés pour comparer les pourcentages; les tests de Student et de Mann Whitney Wilcoxon pour comparer les moyennes et les médianes respectivement. Le seuil de significativité a été fixé à 5%.
Résultats : Parmi les 111 patients définitivement inclus, six patients avaient un SACS, correspondant à une prévalence (IC à 95%) de 5,4% (1,2-9,6%). L’âge moyen des sujets atteints était de 63,3 ± 12,6 ans. La tranche d’âge la plus représentée et statistiquement associée au SACS était celle de 70 à 79 ans (33,3 % versus 2,6%, p=0,045). Le sexe masculin était plus atteint (83,3%) avec un sexe ratio homme/femme de 5. Le quart des sujets insuffisants cardiaques était apnéique. L’index éthylique supérieur à la médiane (63 g d’alcool par jour) était statistiquement associé au SACS (50% versus 10,5%, p=0,042). Par ordre décroissant, les symptômes les plus fréquents étaient : la fatigabilité (83,3%), les ronflements (83,3%), la somnolence diurne (66,7%), ainsi que les troubles mnésiques et de l’attention (66,7%). L’IMC moyen des sujets atteints du SACS était de 28,6 ± 4,5 Kg/m2. Tous les sujets apnéiques étaient à haut risque du SAS selon le score STOP BANG ; et selon le questionnaire de Berlin, 66,7% de ces sujets apnéiques avaient une forte probabilité d’avoir un SAS. Aucun de ces mêmes sujets apnéiques n’avait une somnolence diurne excessive selon l’échelle de somnolence d’Epworth. L’IAH central médian [premier IIQ-deuxième IIQ] était de 25,7 [13,2-38,1] évènements par heure de sommeil. Par ailleurs, l’IAH central et l’index de désaturation des sujets avec SACS étaient statistiquement différents de ceux des sujets indemnes. Cependant, aucun facteur indépendant du SACS n’a été identifié.
Conclusion et recommandations : Au terme de cette étude, nous pouvons conclure que : la prévalence du SACS est relativement élevée à l’HCY ; plus de 80% des sujets apnéiques ont un SACS modéré à sévère. Aucun facteur indépendant du SACS n’a été identifié ; mais l’âge compris entre 70 et 79 ans et l’index éthylique supérieur à 63 g d’alcool par jour étaient significativement associés au SACS en analyse uni variée.
Au vue de ces résultats, nous recommandons à la communauté scientifique de réaliser une étude de prévalence hospitalière du SACS en utilisant la méthode diagnostique de référence (la polysomnographie) ; aux praticiens hospitaliers, de savoir que le SACS existe dans nos formations sanitaires et de le rechercher chez leurs patients.


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