Ostéoporose et déficit en vitamine D au cours de la cirrhose post-hépatite virale chronique

Raoul Rigobert DIM BASSI (raouldim@yahoo.fr)
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : La cirrhose est une affection hépatique chronique qui altère les fonctions hépatiques et entraine des anomalies systémiques. L’ostéoporose est l’une des anomalies systémiques fréquente et grave de la cirrhose. Les facteurs associés à la survenue de l’ostéoporose au cours de la cirrhose, parmi lesquels le déficit en vitamine D, demeurent controversés. Cette complication osseuse très souvent asymptomatique, est pourvoyeuse de fracture de faible énergie dans plus de 40 % des cas de cirrhose. Cependant, elle reste peu étudiée en Afrique subsaharienne et au Cameroun en particulier malgré les prévalences élevées des hépatites virales chroniques B et C, causes fréquentes de cirrhose dans notre pays.

Objectif : Déterminer la fréquence de l’ostéoporose et du déficit en vitamine D chez les patients ayant une cirrhose post-hépatite virale chronique.

Méthodologie : Nous avons réalisé une étude transversale comparative dans 04 hôpitaux de la ville de Yaoundé. La durée de l’étude était de 04 mois : du 09 Janvier 2017 au 09 Mai 2017. Ont été inclus dans l’étude, les patients ayant une cirrhose post-hépatite virale chronique, âgés d’au moins 18 ans, appariés à une population contrôle cliniquement saine, en fonction du sexe, l’âge et l’indice de masse corporelle. Tous les sujets de l’étude ont préalablement donné un consentement libre et éclairé et bénéficiaient des examens biologiques et de la mesure de la densité minérale osseuse par absorptiométrie biphotonique aux rayons X. Les données étaient analysées à l’aide du logiciel SPSS version 20.0. Le seuil de significativité retenu était p < 0,05.

Résultats : Au total 19 Cas (15 hommes / 4 femmes) et 17 Contrôles (13 hommes / 4 femmes) ont été inclus dans cette étude. Le ratio hommes / femmes était de 3,75 et 3,25 respectivement pour le groupe Cas et le groupe Contrôle. La moyenne d’âge des patients du groupe Cas était de 38,68 ±15,92 ans (extrêmes de 23 ans et 73 ans) et celle des sujets du groupe Contrôle de 34,88 ±12,29 ans (extrêmes de 24 ans et 68 ans) (p=0,432). La tranche d’âge la plus représentée était celle comprise entre [18-40] ans dans les deux groupes. Soixante et quinze pourcent (3/4) des femmes dans le groupe Cas et 50 % (2/4) dans le groupe Contrôle étaient ménopausées. La durée moyenne de la ménopause dans le groupe Cas et dans le groupe Contrôle était respectivement de 11 ±7,71 ans (extrêmes de 3 ans et 17 ans) et de 12,50 ±3,53 ans (extrême de 10 ans et 15 ans). L’indice de masse corporelle moyen du groupe Cas était de 25,12 ±4,87 Kg/m2 (extrêmes de 19,6 Kg/m2 et 38,86 Kg/m2) et celui du groupe Contrôle était de 25,96 ±4,08 Kg/m2 (extrême de 20,86 Kg/m2 et 35,01 Kg/m2) (p=0,577). La décompensation œdémato-ascitique était le mode de découverte le plus fréquent de la cirrhose 7/19 (36,84 %). Les étiologies de la cirrhose chez ces patients étaient les suivantes : hépatite virale chronique B : 8 cas (42 %) ; co-infection HVB/HVD : 7 cas (37 %) et une l’hépatite virale C chronique : 4 patients (21 %). La médiane de la durée d’évolution de la cirrhose était de 19 [8 ; 48] mois (extrêmes de 1 mois et 120 mois). Selon la classification pronostic de Child Pugh, 14 cas sur 19 (74 %) étaient classés Child A, 3 Cas sur 19 (16 %) Child B et 2 Cas sur 19 (10 %) Child C. L’albuminémie moyenne dans les groupes Cas et Contrôle était respectivement de 33,72 ±8,63 g/L et 42,67 ±2,51 g/L (p  0,0001). La calcémie moyenne corrigée dans les groupes Cas et Contrôle était respectivement de 92,75 ±6,27 mg/L et 93,77 ±9,09 mg/L (p=0,7). La phosphatémie moyenne dans les groupes Cas et Contrôle était respectivement de 37,53 ±18,11 mg/L et 33,87 ±6,40 mg/L (p=0,43). La calciurie dans les groupes Cas et Contrôle était respectivement de 149,64 ±74,3 mg/L et 139,99±232,98 mg/L (p=0,86). La phosphaturie dans les groupes Cas et Contrôle était respectivement de 644,72 ±342,01 mg/L et 602,94 ±345,38 mg/L (p=0,718). La médiane de l’index de Nordin du groupe Cas 0,12 [0,06 ; 0,13] mg/mg était supérieure à celle du groupe Contrôle 0,03 [0,01 ; 0,08] mg/mg (p = 0,011). Le déficit en 25(OH) vitamine D était retrouvé chez 36,84 % (7/19) des patients du groupe Cas et chez 76,5 % des sujets du groupe Contrôle. Une ostéopénie était retrouvée chez 5,3 % (1/19) des patients du groupe Cas et aucun cas n’était retrouvé chez les sujets du groupe Contrôle. Une ostéoporose était retrouvée chez 31,6 % (6/19) des patients du groupe Cas et chez 11,8 % (2/17) des sujets du groupe Contrôle. Les patients du groupe Cas avaient 2 fois plus de risque de faire une ostéoporose au niveau du rachis lombaire comparés au groupe Contrôle (OR : 2,063, IC 95 % : 1,451-2,932, p=0,043). Le site le plus atteint était l’extrémité inférieure du radius. Les facteurs associés à la survenue de l’ostéoporose étaient : la durée d’évolution de la cirrhose et la résorption osseuse accrue évaluée par l’index de Nordin dans cette étude.

Conclusion : L’ostéoporose était observée chez un tiers des patients ayant une cirrhose secondaire à une hépatite virale chronique. Le déficit en vitamine D, bien que présent dans les mêmes proportions, était plus fréquent dans le groupe Contrôle, d’où la nécessité de faire une étude à large échelle qui permettra de confirmer ou d’infirmer ces données.

Mots clés : Cirrhose, Hépatite virale chronique, Ostéopénie, Ostéoporose, Vitamine D.


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