Insuffisance cardiaque chronique stable : évaluation du contrôle de la fréquence cardiaque et facteurs associés dans deux hôpitaux universitaires de la ville de Yaoundé

Audrey Joyce Makougang Foka
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction
La fréquence cardiaque est non seulement un facteur pronostique, mais également un objectif thérapeutique chez les patients souffrant d'insuffisance cardiaque chronique. Cependant, son contrôle n'est pas toujours optimal, et peu de données sont disponibles sur le sujet dans notre contexte.

Objectif : Etudier le contrôle de la fréquence cardiaque chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque chronique stable.

Méthodologie
Il s’agissait d’une étude transversale descriptive et analytique d’une durée de 04 mois réalisée dans les services de cardiologie de l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY) et de l’Hôpital Général de Yaoundé (HGY). Nous avons inclus tout sujet âgé de plus de 18 ans souffrant d’insuffisance cardiaque chronique stable. Etait exclu, tout patient ayant été hospitalisé pour insuffisance cardiaque décompensée dans le mois ayant précédé la consultation, présentant des conditions physiologiques et/ou pathologiques pouvant modifier la fréquence cardiaque, et ceux présentant une arythmie complète par fibrillation atriale. Pour chaque participant, l’histoire de l’insuffisance cardiaque et de la prise en charge ont été prises, un examen physique a été mené et les paramètres anthropométriques, hémodynamiques ont été enregistrés. La fréquence cardiaque (FC) de chaque sujet était mesurée lors de deux visites par la méthode palpatoire du pouls aux deux poignets. A chaque visite, le pouls était pris après 5 minutes de repos, dans un environnement calme à 03 reprises pendant 60 secondes. La valeur retenue était la moyenne des douze mesures. Le mauvais contrôle de la FC a été défini comme une FC≥70 battement par minute. Les analyses statistiques ont été faites à l’aide du logiciel SPSS version 23.0 et le seuil de significativité statistique était fixé à 5%.

Résultats
Au total, 83 patients souffrant d’insuffisance cardiaque chronique stable ont été inclus dont 45 (54%) femmes et 38 (46%) hommes. L’âge moyen des patients était de 64 ± 13 ans. Une fréquence cardiaque ≥70 bpm a été retrouvée chez 50 (60,24%) patients. Dans notre population d’étude, 59 (71,08%) sujets étaient sous médicaments bradycardisants dont 55 (93,22%) sous bétabloquants, 7 (11,86%) sous digoxine et 1 (1,69%) sous Ivabradine. Une association statistiquement significative a été retrouvée entre la non prescription de bétabloquant et le mauvais contrôle de la fréquence cardiaque (OR=3,368; IC=1,100-10,318; p=0,033). Cependant il n’y en avait pas avec la dose de bétabloquant. Chez les patients sous médicaments bradycardisants, ceux qui étaient compliants au traitement étaient plus à même d’avoir une FC <70bpm (p=0,001). Après analyse multivariée, nous avons retrouvé une association significative entre l’antécédent de diabète et le mauvais contrôle de la FC (OR=7,983; IC=1,334-47,767; p=0,023).

Conclusion
A la fin de cette étude, il ressort que plus de la moitié des patients souffrant d’insuffisance cardiaque chronique stable ont un mauvais contrôle de la fréquence cardiaque. La non prescription des bétabloquants, le diabète et la mauvaise compliance au traitement ont été associés au mauvais contrôle de la fréquence cardiaque.

Mots clés : fréquence cardiaque, insuffisance cardiaque chronique stable, Cameroun.


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