Correlation entre taux de PSA et grade histologique de l'adénocarcinome de la prostate dans deux villes du Cameroun

Franck ELAME (emmanuelfranck26@yahoo.com)
Sciences morphologiques, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : Le cancer de la prostate est l’un des plus fréquents de la population masculine dans le monde. Il est actuellement la deuxième cause de mortalité par cancer chez l’homme après le cancer du poumon. En effet, plus de 670 000 nouveaux cas sont diagnostiqués annuellement dans le monde. Il représente le quatrième cancer histologiquement diagnostiqué au Cameroun et le deuxième cancer chez l’homme après celui du foie. Les carcinomes représentent 99% des cancers prostatiques. Depuis plus d’une cinquantaine d’années, de nombreuses publications ont établi une étroite corrélation entre la différenciation histo-morphologique des cancers prostatiques et leur potentiel de malignité. Aux Etats-Unis, la Vetaran Administration Cooperative Urological Reasearch Group (la VACURG) a développé en 1974 la classification de Gleason. Cette classification a permis d’établir d’étroites corrélations histopronostiques du Cancer de la prostate. L'analyse du taux sanguin de PSA joue un rôle important dans le diagnostic du cancer de la prostate. Cependant, très peu de travaux visant à montrer une relation entre le PSA et le score de Gleason ont été réalisés. Notre étude visait à rechercher dans notre contexte les valeurs des PSA total et libre dans la prédiction de la malignité des lésions adénocarcinomateuses de la prostate ainsi que les critères morphologiques d’agressivité selon le score de Gleason.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale descriptive et analytique à collecte de données rétrospective dont la période allait du 1er Janvier 2012 au 31 Décembre 2016 et dont la réalisation a duré trois mois, du 1er Février au 30 Avril 2017. Cette étude a été menée au sein de l’Hôpital Général de Yaoundé (HGY), de l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY) et de l’Hôpital Général de Douala (HGD), et incluaient tous les dossiers des patients ayant subi une biopsie prostatique pour suspicion de tumeur avec résultats d’anatomie pathologique disponibles. Etaient exclus de notre étude les dossiers des patients diagnostiqués d’une hypertrophie bénigne de la prostate et ceux ne faisant pas mention du taux de PSA libre et/ou du PSA total. Les variables étudiées incluaient : les données sociodémographiques, les données cliniques et les données paracliniques (biologie, imagerie et anatomie pathologique). La densité du PSA a été calculée en divisant le taux du PSA (ng/mL) par le volume de la prostate à l’échographie (mL). Le rapport PSA libre/PSA total a été calculé en divisant le taux de PSA libre par celui du PSA total et en multipliant leur quotient par 100. Nous considérions les scores combinés de Gleason inférieur à 5 comme faible, compris entre 5 et 7 comme moyen, et supérieur à 7 comme élevé. La recherche de corrélation entre variables quantitatives utilisait le
Thèse présentée par ELAME Emmanuel Franck / FMSB
Année académique 2016-2017
Corrélation entre taux de PSA et grade histologique de l’adénocarcinome de la
prostate dans deux villes du Cameroun
xvii
test de régression linéaire de Pearson tandis que l’Odds Ratio était utilisé pour les variables qualitatives. Le seuil de significativité des tests était fixé à 5%. Les analyses statistiques étaient réalisées avec les logiciels Excel de Microsoft version 2013, Epi info version 3.5.1, sur un système d’exploitation Windows version 8.1.
Résultats : Des 2340 dossiers présélectionnés, 251 ont été retenus au final soit 10,73%. Les adénocarcinomes constituaient 25,94% des biopsies prostatiques. La tranche d’âge de 60 à 69 ans était la plus représentée avec 38%. L’Ouest était la région la plus représentée avec 32,7% des patients. La dysurie a constitué la principale circonstance de découverte avec 73,3% des cas. L’on retrouvait un antécédent familial du cancer de la prostate dans 6,4% des cas. Le score combiné de Gleason variait entre 2 et 10. La tranche de Gleason la plus représentée était celle allant de 5 à 7, correspondant à l’adénocarcinome invasif moyennement différentié avec 53,8% des cas. Il existait une corrélation positive hautement significative entre le taux de PSA total et le score combiné de Gleason de grade élevé correspondant à l’adénocarcinome peu différencié (8 à 10) ; mais cette corrélation était négative avec le score combiné de Gleason de grade faible (2 à 4). La tranche de PSA total la plus significativement associée au Gleason de grade élevé (8 à 10) était celle allant de 1000 à 2000 ng/mL. L’on retrouvait une corrélation négative hautement significative entre le taux de PSA libre et les scores combinés de Gleason des grades faible et moyen, et une corrélation positive hautement significative entre le PSA libre et le score combiné de Gleason de grade élevé. La tranche de PSA libre associée de façon plus significative au score combiné de Gleason de grade faible était celle des valeurs inférieures à 5 ng/mL.Il existait également une corrélation positive statistiquement significative entre le rapport PSA libre/PSA total et le combiné de Gleason de grade faible, et une corrélation négative hautement significative avec le score combiné de Gleason de grade élevé. La tranche du rapport PSA libre/PSA total associée de façon plus significative au score combiné de Gleason de grade faible était celle dont les valeurs étaient supérieures ou égales à 20%. La seule tranche de densité du PSA significativement liée au score combiné de Gleason de grade élevé était celle comprise entre 1 et 10 ng/ mL2.
Conclusion : De façon globale, il existe une corrélation statistiquement significative entre les taux de PSA (libre et total) et le grade histopronostique de l’adénocarcinome de la prostate, ces taux augmentant avec le grade.


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