Profils de vulnérabilité aux conduites suicidaires à Yaoundé

Fiona Keza Henriette Enyime
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Contexte
Le suicide est un problème de santé mondiale. Nous y sommes confrontés à travers les réseaux sociaux, les médias traditionnels ou pendant nos stages cliniques. En Afrique, le suicide est souvent considéré comme tabou et a souvent fait l’objet de négligence. Au Cameroun, le manque d’études récentes sur les conduites suicidaires et une standardisation insuffisante désinforment sur l’ampleur du problème créée par les conduites suicidaires. Aussi il est apparu nécessaire d’améliorer les connaissances sur les conduites suicidaires dans la ville de Yaoundé et de contribuer ainsi au renforcement de la prévention de ce phénomène qui est un problème de santé publique.

Objectifs
Nos objectifs étaient de décrire la typologie des conduites suicidaires et de déterminer les principaux facteurs associés des conduites suicidaires.

Méthodologie
Pendant 6 mois, de novembre 2016 à avril 2017, nous avons eu à mener une étude transversale descriptive dans les Services des urgences et archives de 5 hôpitaux de la capitale Yaoundé. Nous avons eu à recenser 51 cas parmi lesquels 39 dossiers, 8 patients hospitalisés et 4 contactés dans la communauté. Une analyse qualitative a été faite pour les cas retrouvés dans notre échantillon. Les tableaux ont été établis par Excel. Le protocole de recherche a été soumis pour approbation au Comité institutionnel d’éthique et de la recherche de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales (FMSB) de l’université de Yaoundé I et nous avons eu à obtenir les autorisations de recherche dans les différents hôpitaux.

Résultats :
88,46% de notre population étaient constitués des cas de tentatives de suicide, 9,62% étaient des équivalents suicidaires. Nous n’avons eu qu’un cas de suicide décès. On a retrouvé une médiane de 2,5 suicidant par mois et on notait une répartition équitable avec un sexe ratio de 1,04 fois plus de femmes que d’hommes. La tranche d’âge des [15-29] soit 65% était la plus représentée. Les aires culturelles les plus représentées étaient celle des Fang/Béti (48,57%) et des Grass-Fields (37,14%). Les mois de juin, juillet, août, septembre et Décembre étaient les mois où les tentatives de suicide étaient relativement basses tandis qu’au mois d’octobre, le pic était élevé. Concernant la religion, nous avons retrouvé 73,68% de catholiques, 15,68% de musulmans et 10,52% de protestants. Célibataires (80%) était plus représentés. Parmi les 12 activités professionnelles de notre échantillon se distinguaient les étudiants 19% puis les ménagères 15,62%, les élèves 15,62% et les autres. La plupart des suicidants ne présentaient pas de lésions physiques sévères soit 54,34%. Les moyens les plus couramment utilisés par les suicidants étaient les médicaments (34,90%) et les produits caustiques (32,55%). Les modes de perpétration les plus retrouvés étaient l’intoxication (76,76%), les phlébotomies (11,64%). Les femmes (80%) utilisaient plus le mode par intoxication que les hommes (68,42%). Les principales motivations évoquées étaient les conflits familiaux (32,14%), les mésententes sentimentales (28,58%). La présence d’idéation suicidaire a été retrouvée chez 83,3% des cas. 70% ont agi sans planification de l’acte. Parmi les facteurs associés retrouvés, on notait les facteurs associés liés au système de santé ; soit une durée d’hospitalisation inférieur à 5 jours (93,5%), une absence de suivi psychologique (44%). L’accessibilité aux moyens de suicide était facile. Il s’agissait des moyens à usage courant (67,44%) ; acquis par achat (18,6%) ou par prescription médicale (13,96%). L’étude des facteurs sociaux rapportaient les relations familiales conflictuelles (58%), les mésententes sentimentales (42%), la stigmatisation liée à la demande d’aide qu’on retrouvait chez tous les cas. Les facteurs liés à la communauté trouvés étaient les abus et maltraitance (17%). Parmi les facteurs individuels trouvés, il y avait les maladies chroniques (10%), les maladies mentales (15%), les antécédents de suicide familiale (6%) ou de Récidive (4%), la consommation régulière de drogues (10%), la consommation d’alcool (15%), et les échecs durant le parcours professionnel ou scolaire (10%).

Conclusions et recommandations
Les résultats de notre étude suggèrent que le suicide est un problème de santé négligé. Le suicidant vulnérable est sous l’emprise de stress psychologique pathogène et passe par des étapes constituées de signes d’alerte que l’on peut prévenir. Nous avons trouvé judicieux de recommander que la gravité des conduites suicidaires soit prise en considération et que la prise en charge soit optimale compte tenu des enjeux, ainsi qu’un suivi psychologique adéquat.

Mots clés : Vulnérabilité; suicide; tentative de suicide; conduites suicidaires


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