Etat buccodentaire des patients vivant avec l'épilepsie dans le district de santé de Batibo

Raymonde Stella Mbarga Mbang
Chirurgie buccale,maxillofaciale et parodontologie, UNIVERSITÉ DE YAOUNDE 1
June, 2017
 

Abstract

RESUME
Introduction : L’épilepsie est une maladie cérébrale chronique, caractérisée par la répétition
des crises épileptiques chez un même sujet. Cette pathologie neurologique induit de nombreuses
complications bucco-dentaires, qui peuvent être directes du fait des traumatismes bucco-faciaux
lors des crises, ou indirectes par les effets secondaires des médicaments et du handicap entrainé
par la maladie. Notre travail consistait à déterminer les caractéristiques cliniques et
thérapeutiques des patients vivant avec l’épilepsie, ainsi que les caractéristiques cliniques des pathologies bucco-dentaires au sein de cette population d’étude.
Matériel et méthodes : nous avons mené une étude transversale descriptive, de novembre 2016
à mai 2017 chez les patients vivant avec l’épilepsie dans le district de santé de Batibo. Après
l’obtention d’un accord du comité institutionnel d’éthique de la FMSB et du chef de service
santé du district de Batibo, Les patients atteints d’épilepsie, étaient invités à prendre part à
l’étude. Une brève information concernant la recherche, l’obtention du consentement éclairé,
la réponse au questionnaire et l’examen physique, constituaient les différentes étapes pour
chaque participant. Ceux-ci, devaient être dentés avec au moins 11% de la denture normale.
Etaient exclus de l’étude, tous patients atteints de pathologies pouvant influer sur la sphère
buccodentaire, ainsi que les patients atteints de déficience mentale sévère.
Résultats : Notre population d’étude était constituée de 150 patients dont 68 hommes (45,4%)
et 82 femmes (54,6%), la sex-ratio h/f de 0,83. L’âge moyen de notre population était de
26,41±8,62 ans avec les extrêmes d’âges allant de 11 à 66 ans. La majorité des patients vivaient avec l’épilepsie, depuis environ 15 ans. Environ 8% des patients étaient déclarés malades depuis
leur naissance. Par ailleurs 93% de la population n’avait jamais eu à consulter de médecin
bucco-dentaire. Plusieurs pathologies ont été répertoriées dans notre population d’étude avec
des prévalences élevées. Nous avons observé des caries dentaires (73,3%) ; des maladies
parodontales (64%) ; des traumatismes buccodentaires (44%) ; des attritions dentaires
excessives (36,6%) ; des malocclusions (40,6%) ; les halitoses (29%) ; des pathologies de
l’articulation temporomandibulaires (24%) ; des troubles de l’odontogénèse (6%) ; des
malpositions dentaires (2%). L’indice dents cariées- dents absentes- dents obturées (CAOD),
était de 4,2. Les maladies parodontales, étaient retrouvées dans 64% de notre échantillon, avec
une proportion de 19,5% pour l’hyperplasie gingivale. Les indicateurs cliniques de ces maladies
parodontales, étaient la plaque dentaire, le tartre, le saignement gingival, des pochesparodontales, une récession parodontale et la mobilité dentaire. Nous n’avons pas trouvé
d’association entre l’hyperplasie gingivale et les antiépileptiques. Les traumatismes
buccodentaires étaient retrouvés dans 44% des cas avec une fréquence élevée des traumatismes
des tissus mous par rapport à celle des tissus durs. Parmi les cas de traumatismes de tissus durs
que nous avons rencontré, les fractures dentaires de type coronaires étaient les plus retrouvées
(53,3%), suivies des avulsions dentaires (43,3%) et des luxations (3,4%). Les ulcérations
traumatiques de la langue, avaient une prévalence de 66,6%. Nous avons trouvé une association
entre les crises généralisées et les traumatismes buccodentaires. Par contre, il n’existait pas
d’associations entre la fréquence des crises d’épilepsies et ces traumatismes. Le handicap, les
crises convulsives, les effets secondaires des antiépileptiques, ainsi que les troubles
fonctionnels dentofaciales semblaient être les facteurs responsables de la pluralité des
pathologies buccodentaires au sein de notre population d’étude. Par ailleurs les mauvaises
pratiques employées par les gardes malades, l’ignorance de l’importance de l’hygiène
buccodentaire et la tendance à privilégier l’épilepsie par rapport aux autres pathologies par
manque de moyen, étaient les facteurs associés à l’apparition des pathologies buccodentaires.
La population d’étude a présenté un community periodontal index (CPI) de 2 ; 3 dans 54% des cas.
Cela nécessitait un détartrage et un surfaçage radiculaire, 26% des patients avaient besoin d’une
chirurgie et d’une médication supplémentaire.
Conclusion : Les patients vivant avec l’épilepsie, ont un mauvais état de santé bucco-dentaire,
marqué par un indice CAOD élevé de la population d’étude. Les maladies parodontales, les
traumatismes buccodentaires, les malocclusions, les malpositions dentaires, troubles de
l’odontogénèse, les attritions et pathologies de l’articulation temporo-mandibulaire ont
également été observés. Par ailleurs, Les crises convulsives, le handicap, les effets secondaires
des médicaments antiépileptiques, les facteurs génétiques et les troubles fonctionnels
dentofaciaux, semblent être les facteurs responsables de l’apparition des pathologies
buccodentaires, chez les patients atteints d’épilepsie. La présence d’hyperplasie gingivale était
observée avec tous les médicaments antiépileptiques, mais il n’existe pas d’association
statistiquement significative entre l’hyperplasie gingivale et ces médicaments.
Les crises tonico-cloniques généralisées, sont statistiquement associées, aux traumatismes
buccodentaires, mais la fréquence des crises d’épilepsie n’a pas d’influence sur l’apparition de
ces traumatismes.
Mots clés : Epilepsie, crises convulsives, Pathologies buccodentaires.


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