Les retards pubertaires au Centre Mère et enfant de la Fondation Chantal Biya: aspects cliniques, paracliniques et étiologiques

Amanda Marlène MISSI
Pédiatrie, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : L’apparition des caractères sexuels secondaires, reflet de la puberté dépend de facteurs génétiques, neuroendocriniens et environnementaux. Une perturbation de ces facteurs pourrait être à l’origine d’un retard pubertaire. La puberté est considérée tardive en cas d’absence de développement des caractères sexuels secondaires à un âge supérieur à +2 déviations standards au-dessus de l’âge moyen de démarrage pubertaire de la population en question. Au Cameroun il existe peu d’études sur l’âge limite après lequel une puberté sera considérée comme tardive. De même la présentation clinique de ces pubertés n’est pas non plus décrite dans notre milieu. Le diagnostic étiologique est souvent difficile à établir, requérant la réalisation de nombreux examens paracliniques. L’objectif de notre étude était de décrire la présentation clinique, paraclinique et les étiologies des retards pubertaires chez les enfants au Centre Mère et Enfant de la Fondation Chantal Biya.
Méthodologie : Nous avons réalisé une étude transversale descriptive et analytique dans le service de neuroendocrinologie du CME/FCB sur une période de sept mois allant de novembre 2016 à mai 2017. Tous les enfants référés ou venus consulter dans ce service de mai 2013 à mai 2017 et présentant une absence de développement des bourgeons mammaires après l’âge de 13 ans chez les filles, une absence d’augmentation du volume testiculaire au-delà de l’âge de 14 ans chez les garçons, un hypogonadisme confirmé à la biologie et une absence de développement pubertaire complet quatre ans après le début de la puberté ont été inclus. A l’aide d’une fiche technique préétablie nous avons collecté les informations lors des consultations, rendez-vous de suivi et dans les dossiers médicaux des patients. L’examen physique avec mesure des paramètres anthropométriques, évaluation des stades pubertaires selon Tanner et recherche de signes dysmorphiques a été fait. Les résultats des examens complémentaires réalisés par les patients ont été enregistrés. Les données anthropométriques ont été analysées et comparées selon les normes pour l’âge OMS 2007. L’analyse des données a été faite à l’aide du logiciel Statistical Package for Social Sciences (SPSS) version 23.0. Les données catégorielles et ordinales ont été comparées avec le test de Chi². Les données continues ont été comparées avec le test Anova lorsque la moyenne était utilisée et le test Kruskall Wallis lorsque la médiane était utilisée. Les seuils de significativité étaient fixés à 0,05.
Résultats : Au cours de la période d’étude, nous avons dénombré au total 45 cas de retard pubertaire. Sur le plan clinique, l’âge moyen de nos patients était de14,2 ± 1,9 ans. Le sex ratio était de 1,04 en faveur des garçons. La petite taille était le principal motif de consultation dans 71,1% avec une taille inférieure à – 3DS dans 57,8% des cas. L’examen physique mettait en exergue un stade de développement prépubertaire (Tanner 1) chez 74,5% des patients et des signes dysmorphiques chez le tiers d’entre eux. Sur le plan paraclinique l’âge osseux était retardé par rapport à l’âge chronologique dans 91,6% de cas. A l’échographie la longueur de l’utérus était inférieure à 35 mm chez 85,7 % des filles, et chez 14,3% des patientes les ovaires n’étaient pas visualisés.
Tout sexe confondu, l’hyogonadisme hypogonadotrope était la principale étiologie des retards pubertaires et était retrouvé dans 50% des cas. Le retard pubertaire simple ne représentait que 10% des étiologies et l’hypogonadisme hypergonadotrope 40%.
Conclusion : Le retard pubertaire dans notre contexte affecte pratiquement autant de filles que de garçons contrairement aux données de la littérature. Les manifestations cliniques principales sont la petite taille et le retard de développement des caractères sexuels secondaires. L’étiologie principale variait selon le sexe et était représentée chez la fille par le syndrome de Turner et chez le garçon par l’hypogonadisme hypogonadotrope.


********************************************************************************************