PROFIL ÉVOLUTIF DES ANOMALIES ELECTROCARDIOGRAPHIQUES CHEZ LES PATIENTS INCIDENTS EN HÉMODIALYSE CHRONIQUE

Laryssa MEKONGO ATANGANA
Médecine interne et spécialités, YAOUNDE I
June, 2017
 

Abstract

Contexte : Les maladies cardiovasculaires sont la cause la plus fréquente de décès chez les patients hémodialysés, responsables de 11 ,65% à 58,57% des décès pendant la première année. Les manifestations cliniques de ces maladies cardiovasculaires sont dominées par l’insuffisance cardiaque et la mort subite. Cette dernière représente 15-38% de tous les décès dus aux anomalies électrocardiographiques. Les études antérieures ont montré une prévalence très élevée de ces anomalies, cependant leur évolution à court terme n’est pas connue. Nous nous sommes proposé d’évaluer l’évolution à court terme des anomalies électrocardiographiques présentes dès l’initiation de la dialyse.
Objectifs : Il s’agissait d’évaluer l’évolution à un mois des anomalies électrocardiographiques présentes à l’initiation de l’hémodialyse chez les patients en insuffisance rénale chronique terminale. Il s’agissait plus spécifiquement de déterminer la prévalence et le type d’anomalies électrocardiographiques observés à la séance inaugurale, d’évaluer leur évolution à un mois et d’identifier les facteurs prédictifs associés à la persistance de ces anomalies.
Matériels et méthode : Nous avons mené une étude de cohorte prospective sur une période de 5 mois allant de décembre 2016 à avril 2017 dans les unités d’hémodialyse de l’Hôpital Général et du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé.
Nous avons inclus 27 patients en insuffisance rénale chronique terminale incident en hémodialyse. Ont été exclus tous les patients suivis pour troubles du rythme cardiaque. Pour chacun d’eux, nous avons effectué un examen clinique, les données manquantes ont été recueillies dans le dossier médical. Nous avons effectué des prélèvements sanguins avant et après la dialyse pour le dosage de la calcémie, de la magnésémie, du bicarbonate sérique, de la natrémie, de la kaliémie et du taux d’hémoglobine. Nous avons réalisé une échographie cardiaque et par la suite placé un Holter ECG de 24 heures ; incluant la séance de dialyse, avec une marge de 3 heures avant le début allant jusqu’à 19 heures après la fin de la dialyse. A un mois nous avons noté tous les évènements survenus depuis la mise en dialyse et réexaminé les malades. Les prélèvements sanguins, l’échographie cardiaque et l’holter ECG ont été effectués. Sur les 27 malades, 6 malades sont décédés après le premier enregistrement et deux sont perdus de vue. Seuls les malades ayant deux enregistrements ECG étaient inclus dans l’analyse finale. L’échographie cardiaque et l’analyse des paramètres électrocardiographiques s’est faite par deux cardiologues qui ne connaissaient pas les données cliniques et biologiques des participants, afin de rechercher les différents troubles électriques pendant la dialyse. En cas de discordance, les spécialistes se réunissaient ; il fallait ainsi avoir deux avis favorables pour valider des données.
Résultats : Nous avons inclus 19 patients parmi lesquels, 14(73,7%) Hommes. L’âge moyen était de 44 ± 13,43 ans. Les comorbidités retrouvées étaient l’hypertension artérielle (94,7%) et le diabète (26,3%). Les antihypertenseurs étaient le traitement le plus utilisé (84,2%). Les ¾ des participants étaient dialysés en urgence. Le débit moyen de la pompe était de 171,05±34,62 ml/min. A l’initiation, les moyennes des examens biologiques étaient : taux d’hémoglobine : 7,55±1,97g/dl ; calcémie : 71,64±21,9 mg/l ; magnésémie : 21,33±5,71 mg/l ; natrémie : 135,6±5,94 mg/l ; kaliémie : 5,44±1,56 mg/l et bicarbonate : 16,47±5,51 mg/l. Ces valeurs (calcémie et bicarbonate) étaient significativement plus élevées après la dialyse (p=0,00) sauf la kaliémie qui étaient plus basse (p=0,00). Tous les participants avaient au moins une anomalie écho cardiographique, dont la principale anomalie était la dysfonction diastolique du ventricule gauche (78,9%).
La prévalence globale des anomalies ECG en péri dialyse était de 100%. Elle était plus élevée en pré (94,7%) et en post (100%) dialyse qu’en per dialyse (84,2%). Les différentes anomalies retrouvées étaient : les extrasystoles supra ventriculaires 18(94,7%), les extrasystoles ventriculaires 14 (73,7%) et l’allongement du QTc 11(57,9%). A un mois, (63,1%) des anomalies se sont améliorées et (36,8%) ont persisté. Sur les (94,7%) d’extrasystoles supra ventriculaires présentes à l’initiation, (68%) se sont améliorées et (27%) ont persisté ; Toutefois (5,3%) des participants ont une nouvelle extrasystole supra ventriculaire. De même, sur les (73,7%) des troubles du rythme ventriculaires présentes à l’initiation, (42,1%) se sont améliorées et (31,6%) ont persisté. Sur les (57,9%) participants qui avaient un allongement du QTc, à l’initiation, (36,8%) se sont améliorés à un mois et (21%) ont persisté.
Conclusion : L’hémodialyse améliore à court terme les anomalies électrocardiographiques présentes à l’initiation de la dialyse. Cependant certaines anomalies persistent, pouvant s’aggraver et devenir potentiellement mortelles.
Mots clés : Holter ECG, Hémodialyse, IRCT, Troubles du rythme cardiaque.


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