Antibioprophylaxie en exodontie

Yves Laurent Massaley (massaleyyves@yahoo.com)
DEPARTEMENT DE CHIRURGIE ET SPECIALITES, Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction

L’extraction dentaire est un acte médico-chirurgical utilisé par les médecins bucco-dentaires pour rétablir la santé. Elle représente 62,7% de tous les actes thérapeutiques réalisés au cabinet dentaire dans les pays en voie de développement. Lorsqu’elle est indiquée pour résoudre un problème uniquement dento-parodontal, elle entre dans le cadre d’une chirurgie propre contaminée. L’Afssaps en 2011 ne recommandait aucune antibioprophylaxie lors des extractions dentaires. Mais, les médecins bucco-dentaires Africains et particulièrement camerounais, continuent de prescrire systématiquement une antibiothérapie de 7 jours après des extractions dentaires dans le but de réduire le risque d’infection du site opératoire. Ils justifient leur prescription avec notre contexte où l’asepsie serait insuffisante et l’hygiène bucco-dentaire des patients mauvaise. Dès lors de nombreux problèmes en découlent tels que sélection des souches bactériennes et résistance aux antibiotiques, souffrance organique (rein et foie) augmentée, la compliance au traitement réduite et les coûts des soins élevés.
L’objectif de cette étude était d’évaluer dans notre contexte l’efficacité d’une antibioprophylaxie de 48 heures commençant une heure avant l’acte chirurgical en la comparant à l'antibiothérapie de 7 jours utilisée par les médecins bucco-dentaires Camerounais.

Méthodologie

Il s’agissait d’un essai clinique multicentrique randomisé simple d’une durée de 6 mois mené dans trois formations sanitaires de la ville de Yaoundé. L’étude concernait tout patient d’au moins 18 ans et devant subir une extraction dentaire simple. Notre taille d’échantillon calculée était de 142 patients séparés en 2 groupes. Le groupe 1 prenait de l’amoxicilline 1g une heure avant l’acte opératoire et ensuite 1g toutes les 12 heures pendant 48 heures. Tandis que le groupe 2 prenait de l’amoxicilline uniquement en post-opératoire en raison de 1g toutes les 12 heures pendant 7 jours. Le contrôle se faisait au 3eme et au 7 eme jour. Le critère de jugement principal était la survenue d’une infection du site opératoire et les critères secondaires étaient la survenue de l’alvéolite sèche, l’œdème et la douleur.

Résultats

Nous avons atteint notre taille d’échantillon de 71 patients par groupe et tous ont terminé l’étude. Les femmes, (55,6%) étaient plus nombreuses que les hommes. Les âges extrêmes étaient de 18 et 83 ans avec une moyenne de 32,62 ans. La douleur était le principal motif de consultation des patients dans 93% des cas. L’hygiène bucco-dentaire était mauvaise dans 51,4% des cas et les dents extraites fortement délabrées dans 78,2% des cas. La carie et ses complications représentaient la première cause d’extraction des dents (95,8%). les dents les plus extraites étaient les molaires (79,9%). La mandibule (55,8%) était plus touchée que le maxillaire. Nous avons eu 13 complications post-opératoires et 13 extractions ont duré plus de 30 minutes soit (8,4%). Nos deux groupes étaient comparables en tout point ceci a été révélé par le test de chi deux qui n’a révélé aucune différence statistiquement significative dans leur composition.
En ce qui concernait le coût, le protocole de 7 jours était 3 fois plus cher que celui de 48 heures. Aucune différence statistiquement significative n’a été décelée au seuil de 5% entre les deux protocoles en ce qui concernait la survenue de la douleur, de l’œdème post-opératoire et de l’infection du site opératoire avec des valeurs p respectives de 0,834 ; 0,414 ; 0,175. Par ailleurs une différence statistiquement significative a été retrouvée au niveau de l’alvéolite sèche (valeur p=0,0149) montrant donc un risque réduit dans le groupe de 48heures.

Conclusion

. Rendu à la fin de notre étude nous pouvons donc dire qu’il n’y a pas de différence entre ces deux protocoles excepté pour l’alvéolite sèche où le protocole antibioprophylactique de 48h semble être plus efficace. Par ailleurs la question de l’utilité de l’antibioprophylaxie lors des extractions simples dans notre contexte demeure car seul un essai clinique randomisé contrôlé par un placebo pourrait y apporter des réponses.

Mots clés : antibioprophylaxie, extraction dentaire, antibiothérapie, complications.


********************************************************************************************