Auto-stigmatisation et continuum de soins de l'adolescent PvVIH suivi au CME/FCB

Emmanuelle Alexandra HOPP
Pédiatrie, Université de Yaoundé 1
June, 2018
 

Abstract

Contexte : Le VIH est une pandémie mondiale qui sévit beaucoup plus en Afrique .En effet parmi les 36, 7 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde, l’Afrique à elle seule compte 25,6 millions. Au Cameroun les adolescents représentent 23,2% de la population et 5% vivent avec le VIH. Comme toute autre personne vivant avec le VIH, ils sont victimes de discrimination, stigmatisation et auto stigmatisation (stigmatisation interne), ce qui entraine des problèmes d’observance de leur traitement, des difficultés d’accès au traitement ; ceci augmente le taux de mortalité dans cette tranche de la population. Sachant que ceux-ci en faisant la transition vers l’âge adulte, connaissent des modifications physiques, psychiques et sexuelles qui peuvent modifier leur perception de la maladie, il convient de s’assurer qu’ils reçoivent un traitement adéquat leur permettant de faire face à la maladie afin de limiter les conséquences sur leur continuum des soins.
Objectif : Déterminer le retentissement de l’auto-stigmatisation de l’adolescent vivant avec le VIH sur son continuum de soins.
Méthodologie : Une étude transversale à visée analytique a été menée au Centre Mère et Enfant de la Fondation Chantal Biya, d’Octobre 2017 à Mai 2018. L’échantillonnage a été consécutif sur des adolescents dont l’âge variait entre 15et 19 ans infectés par le VIH. Les données ont été collectées en partie lors des entretiens guidés par un questionnaire et par ailleurs à l’examen clinique. L’analyse a été faite à l’aide du logiciel SPSS version 23.0. Une valeur p˂0,05, a été retenue comme statistiquement significative et l’Odd ratio a été calculé.
Résultats : La population d’étude était constituée de 110 adolescents avec un sexe ratio de 0,64 et une moyenne d’âge de 17,05 ans avec un écart-type évalué à 1,25. La majorité (77,27%) était contaminée par le VIH depuis l’enfance. Plus de la moitié (74,55%) connaissait le statut sérologique de leurs parents et 69,09% étaient à leur charge. Plus de la moitié (59,09%) avait eu l’annonce de leur statut depuis plus de 4 ans.
Moins de la moitié (33%) avait des plaintes lors des consultations, 14% seulement avaient des pathologies dont les plus fréquentes étaient les affections cutanées (7,27%). Les infections à germes opportunistes étaient observées chez 10,1% des adolescents ce qui est largement en dessous de la moyenne, la plus fréquente était la tuberculose pulmonaire (9,09%). Toutes les charges virales n’étaient pas disponibles, 5,45% n’en avaient jamais fait et 50% avaient des charges virales détectables.
Moins du quart (11,82%) estimait ne pas être comme les autres jeunes ou ne pas avoir les mêmes droits (14,55%). Moins de la moitié avait honte de leur statut (37,27%), mais très peu se considérait comme fautif de l’infection (5,45%). Des idées morbides étaient retrouvées chez 26,36% d’adolescents. Plus de la moitié préférait que leur statut reste confidentiel (83,64%), mais moins de la moitié (22,94%) s’est sentie seule après que leur statut leur ait été annoncé, et seulement 89,09% recevait un soutien des personnes ayant été mises au courant de leur statut. Quant à se projeter dans le futur, seulement 72,73% pensaient pouvoir réaliser leurs rêves.
Le continuum de soins n’était pas mauvais car moins de la moitié (42,73%) avait eu à manquer un rendez-vous lors des six derniers mois. Et 44,04% d’adolescents évoquaient les horaires de prises comme une cause majeure de saut de prise des médicaments. Tous affirmaient être bien accueillis à l’hôpital. Mais seulement 70% rencontraient facilement le médecin et 90% trouvaient la relation soignant soigné bonne. Enfin, seulement 72,73% savaient qu’une mauvaise observance conduirait à développer des infections à germes opportunistes.
Le niveau de stigmatisation des adolescents était modéré (2,81). Et la stigmatisation la plus retrouvée était la contextuelle qui est l’ensemble des éléments du moment étant néfaste pour l’adolescent et pouvant changer facilement, suivie de l’interne ou auto-stigmatisation qui concerne la perception qu’a l’adolescent de lui-même à cause de l’infection, et en dernier la stigmatisation externe regroupant les éléments externes qui ont une influence négative sur l’adolescent. Il n’a pas pu être établi un lien entre l’auto-stigmatisation et le continuum de soins des adolescents car tous les P étaient supérieur à 0,05 et les Odd Ratio tous supérieurs à 1. Seule la stigmatisation contextuelle était celle ayant des liens avec le continuum des soins.
Conclusion : L’étude montre que la population est sujette à 3 types de stigmatisation et que l’auto-stigmatisation vient en deuxième après la contextuelle. En effet le continuum de soins n’est pas mauvais et il n’est pas possible de le lier à l’auto-stigmatisation. Mais le profil pathologique n’est pas bon pour tous. Une intensification de la sensibilisation sur le VIH est nécessaire, pour prévenir les conséquences d’une mauvaise observance qui sont liées à la stigmatisation.


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