Gestion des pharmacies hospitalières de Bengbis, Djoum et Mintom au Sud-Cameroun

Andriane Esther BITYE
Santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2018
 

Abstract

Contexte : La programmation efficiente de la gestion des médicaments constitue une préoccupation majeure en santé publique. Ainsi, l’analyse de la gestion des pharmacies hospitalières dans les formations sanitaires(FOSA) de Bengbis, Djoum et Mintom au Sud-Cameroun s’inscrit dans l’optique d’améliorer l’accès des populations aux médicaments de qualité et à moindre coût dans les zones rurales pauvres, enclavées et dont les ressources financières sont limitées.

Objectifs : Il s’agissait de décrire les mécanismes mis en place pour la gestion des médicaments dans les formations sanitaires de Bengbis, Djoum et Mintom au Sud Cameroun, afin de faire des recommandations pour leur gestion rationnelle et efficace. De manière spécifique, il s’agissait de : (i) déterminer les critères de sélection des médicaments d’une liste de référence mis en place selon les besoins en médicaments des populations locales ; (ii) de décrire les ressources de gestion des médicaments et (iii) d’évaluer la pertinence des logiciels de gestion des médicaments.


Méthodologie : Une étude situationnelle qualitative transversale à visée évaluative s’est déroulée dans la Région du Sud, Département du Dja et Lobo du 11 décembre 2017 au 17 février 2018 dans les formations sanitaires publiques et confessionnelles de Bengbis, Djoum et Mintom. Elle a consisté, après l’obtention des autorisations nécessaires, à administrer auprès des FOSA, un guide d’entretien en français de 35 items, divisé en cinq parties. Une fiche technique a également été utilisée pour la collecte des données épidémiologiques. Les données quantitatives ont été analysées à l’aide du logiciel SPSS version 20. Les données qualitatives quant à elles ont toutes été systématiquement transcrites sans tri, analysées par code couleur et restituées par verbatim.


Résultats : Cinq formations sanitaires ont été enquêtées dont deux publiques à Bengbis et Mintom et trois confessionnelles à Abing, Adjoli et Zoulabot. Les principaux résultats montrent que la sélection des besoins en médicaments était approximative dans l’ensemble des FOSA. Concernant les Centres de Santé Catholique (CSC), la sélection était centralisée et faite par le coordonnateur du plan santé. Pour les Centres Médicaux d’Arrondissement (CMA), elle était spécifique et faite par le commis de pharmacie au CMA de Bengbis et par le médecin chef au CMA de Mintom. Il n’y avait pas de comités thérapeutiques et l’indisponibilité de la LNME en vigueur a aussi été révélée. La détermination des besoins était donc faite en fonction des tendances épidémiologiques, du stock disponible et selon disponibilité financière. Seul le gestionnaire du CSC d’Abing a affirmé utiliser la méthode de calcul du taux de consommation mensuelle pour la quantification des besoins.
La commande était mensuelle et l’exhaustivité de la livraison était en moyenne 65% pour les CMA et 75% pour les CSC. Le délai de livraison était élevé au niveau des CSC allant parfois jusqu’à 21 jours. Cependant, seuls les CSC disposaient d’un véhicule de service permettant d’acheminer les produits pharmaceutiques bien que les transports publics étaient parfois mis à contribution, contrairement aux CMA qui n’utilisaient que les transports publics. La zone de stockage était jugée étroite pour 3/5 des FOSA et la qualité de stockage était peu satisfaisante dans toutes les FOSA, les points à améliorer étant : l’aération des locaux, la fréquence de nettoyage des locaux et l’insuffisance des étagères. Le rangement était fait principalement par ordre alphabétique et par la méthode FEFO. Le principal outil de gestion était la fiche de stock et le mode de gestion était électronique et manuscrit dans 1/5 des FOSA. Les difficultés liées à la gestion des stocks étaient : (i) les ruptures de stocks, (ii) la fréquence d’inventaire et (iii) la péremption des médicaments. Aucune FOSA ne possédait une procédure de gestion des périmés. Le personnel était jugé insuffisant pour 2/5 des FOSA. Concernant la qualification, 30% du personnel déclaraient avoir reçu une formation initiale, soit dans un cadre académique ou professionnel. Aucune formation continue n’a été déclarée.
L’utilisation des logiciels avait été jugée pertinente dans toutes les FOSA et 1/5 des FOSA utilisaient le logiciel Excel. Le manque d’équipements et l’instabilité du courant électrique constituaient un frein à l’informatisation de la gestion des stocks.

Conclusion : La qualité actuelle de la gestion des médicaments au sein des formations sanitaires de Bengbis, Djoum et Mintom assure partiellement la disponibilité des médicaments. En effet, la sélection et l’estimation des besoins étaient approximatives. Le cycle logistique était peu performant. Les ressources matérielles inadaptées et les ressources humaines peu qualifiées ; ce qui avait pour conséquence un mauvais suivi des stocks d’où la pertinence des logiciels de gestion des stocks. Aussi, l’étude recommande au Ministère de la Santé Publique, l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de gestion rigoureuse des médicaments pour assurer l’accessibilité et la disponibilité des médicaments de qualité, sûrs et efficaces.


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