Profil clinique et thérapeutique des fractures du radius distal de l'adulte à Yaoundé

Andrew Stone Eyete Ela
Chirurgie et spécialités, Université de Yaoundé 1
June, 2018
 

Abstract

Introduction : La fracture du radius distal est une entité fréquente tant dans le monde qu’au Cameroun, des études ont montré une hausse de son incidence au cours des dernières décennies. Très fréquente dans la pratique courante elle n’en demeure pas moins méconnue, les études sur le sujet étant rares. Cette rareté est une cause de prises en charge inadaptées pouvant entraîner d’importantes comorbidités. Afin d’en améliorer la prise en charge, nous nous sommes fixé pour objectif d’en dresser le profil clinique et thérapeutique dans la ville de Yaoundé. Il s’agissait spécifiquement d’en déterminer les caractéristiques sociodémographiques, de décrire le profil clinique, les modalités thérapeutiques et leurs résultats.
Méthodologie : Nous avons mené pendant 8 mois une étude transversale rétrospective sur une période de 13 ans allant de mai 2005 à mai 2018. L’étude a été réalisée dans les services de chirurgie orthopédique et traumatologie de l’Hôpital Central de Yaoundé et du Centre de Réhabilitation des Personnes Handicapées Paul Emile Léger. Nous avons réalisé un échantillonnage consécutif, ont été inclus tous les patients âgés d’au moins 19 ans au moment de la fracture, dont les données anamnestiques initiales étaient présentes dans le dossier médical. Ont été exclus tous les patients refusant de participer à l’étude, ayant égaré leurs clichés radiographiques initiaux, décédés ou injoignables. Les données ont été recueillies depuis les dossiers médicaux et auprès des patients recontactés, sur une fiche de collecte de données préétablies par nos soins. Les patients recontactés devaient réaliser une radiographie de contrôle et compléter les informations manquantes dans les dossiers médicaux. Les données ont été analysées à l’aide des logiciels Census Pro 7.0 et IBM® SPSS® 1.0.0.1012.
Résultats : L’échantillon était constitué de 70 patients majoritairement de sexe féminin (sexratio de 0,84), l’âge moyen était de 48,56 ± 14,3997 ans avec un minimum de 20ans et un maximum de 84ans. Les accidents de la voie publique ont été retrouvés comme étiologie dans 64,3% (45) des cas, responsables de chocs de haute énergie (74,3%). Les mécanismes indirects par compression extension ont été retrouvés 51 (72,9%) fois.
La douleur et l’impotence fonctionnelle du membre fracturé ont été retrouvées dans 100% (70) des cas. Les fractures du radius distal étaient plus souvent localisées à gauche (55,7%). Les fractures fermées étaient plus fréquentes (87,1%). Les fractures les plus fréquentes étaient classées AO type A (70%). Des lésions associées ont été retrouvées dans 48,6% (34) des cas, les plus fréquentes étaient les fractures associées (21,4%), les plaies (12,9%) et les traumatismes crâniens (8,6%). Les fractures des membres inférieurs étaient les fractures associées les plus fréquentes (58%), le fémur étaient l’os le plus atteint (28%).
Le traitement chirurgical constituait la principale modalité thérapeutique (55,7%). On retrouvait 40% (28) de patients ayant bénéficié de plus d’une modalité thérapeutique. La plaque vissée était la modalité chirurgicale la plus utilisée (48,7%) suivie de l’embrochage (23,1%). Le plâtre brachio-antébrachio-palmaire était la technique la plus utilisée (43,3%). On a retrouvé 15,7% (11) de complications tardives, le cal vicieux et la raideur étaient les complications les plus fréquentes 81,8% (9). Le traitement chirurgical offrait une meilleure réduction et moins de complication tardives que le traitement orthopédique. Le traitement non médical (rebouteux) présentait le plus de complications tardives.
Conclusion : Les fractures du radius distal sont principalement survenues chez les femmes âgées professionnellement actives, de suite d’accidents de la voie publique. Elles atteignaient majoritairement le membre supérieur gauche par un mécanisme de compression extension. La douleur et l’impotence fonctionnelle étaient omniprésentes, les lésions associées n’étaient pas rares se présentant dans la plupart des cas sous forme de fractures des membres inférieurs et de plaies. Le traitement chirurgical plus utilisé, fournissait de meilleurs résultats immédiats et moins de complications tardives, toutefois le traitement non médical était fréquemment rencontré et responsable davantage de complications.


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