Aptitudes cognitives des médecins sur la maladie rénale chronique des régions septentrionales du Cameroun

Aïssa Dissi
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2018
 

Abstract

Contexte : La maladie rénale chronique (MRC) est un problème de santé publique avec une évolution insidieuse vers le stade terminal. Pour optimiser la prise en charge des patients nécessitant un traitement de suppléance rénale, un programme gouvernemental de construction des centres d’hémodialyse dans les dix régions du Cameroun a été mis en place depuis 2008. Cependant, les médecins, qui sont les premiers acteurs dans la chaine de parcours du patient, doivent être capable de reconnaitre et prendre en charge cette maladie afin d’assurer le suivi optimal du patient.
Objectif : Evaluer les aptitudes cognitives des médecins des chefs-lieux des régions septentrionales du Cameroun sur la MRC.
Méthodologie : Une étude CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) à visée descriptive a été menée dans les chefs-lieux des régions septentrionales (Adamaoua, Nord et Extrême-nord) du Cameroun du 1er février au 15 avril 2018. Un échantillonnage exhaustif a été fait. La collecte des données a été menée à l’aide d’un questionnaire administré subdivisé en cinq parties. Le traitement de données a été réalisé grâce au logiciel d’analyse statistique IBM-SPSS version 24.0. Les données qualitatives ont été collectées à l’aide d’un magnétophone avant d’être systématiquement transcrites. Les données verbales et observations directes ont été restituées par verbatim.
Résultats : La population d’étude était constituée de 82 médecins dont 60 (73%) généralistes (MG) et 22 (27%) spécialistes (SP) avec un sex-ratio 1,56. La moyenne d’âge était de 37± 11,8 ans. Concernant les connaissances des médecins sur la MRC, 68,3% (SP: 81,8% ; MG: 63,3%) avaient de faibles connaissances, 20,7% (SP: 18,2% ; MG: 21,7%) des connaissances insuffisantes, 8,5% (MG: 11,7%) des connaissances moyennes et seulement 2,4% (MG: 3,3%) de bonnes connaissances. Par rapport aux attitudes, elles étaient approximatives pour 92,7% (MG: 93,3% ; SP: 90,9%) des médecins et erronées à 7,3% (MG: 6,7% ; SP: 9,1%). Aucun médecin n’avait d’attitude juste. En ce qui concerne les pratiques, environ 51,2% (MG: 50% ; SP: 54,5%) avaient des pratiques acceptables, 37,8% (MG: 38,3% ; SP: 36,4%) des pratiques néfastes et 11% (MG: 11,7% ; SP: 9,1%) des pratiques adéquates. Les médecins interrogés n’avaient pas de bonnes aptitudes cognitives par rapport à la MRC. Près de la moitié, soit 51,2% (MG: 48,3%; SP: 50%) avait des aptitudes insuffisantes et 48,8% (MG: 51,7% ; SP: 50%) des aptitudes moyennes. Les médecins exerçant dans la ville de Garoua, comparé aux deux autres villes avaient de meilleures aptitudes cognitives (Garoua : 76,6% vs Maroua : 44,8% et Ngaoundéré : 28,6%). Une forte majorité des médecins à 85,4% (MG 88,6% ; SP 90,9%) n’avait jamais assisté à une formation médicale continue et à la suite de notre passage, et 93,9% (MG 96,7% ; SP 86,4%) ont exprimé le besoin d’en avoir pour améliorer leurs aptitudes.
Conclusion : Les médecins exerçant dans les chefs-lieux des régions septentrionales avaient de faibles connaissances sur la MRC avec un pourcentage plus élevé chez les médecins spécialistes, des attitudes approximatives et des pratiques acceptables ce qui rendaient leurs aptitudes cognitives insuffisantes sur la MRC.
Mots clés : Aptitudes cognitives, médecins, maladie rénale chronique, régions septentrionales du Cameroun.


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